Rabia. La Rage revue par le jeune cinéaste Sebastià¡n Cordero

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C’est quand deux amoureux interdits sont au plus proche, à  ne serait-ce qu’une paroi de distance, que la rage émane dans chaque événement du quotidien. Ici, ne n’est pas d’inceste qu’il s’agit, mais d’une relation tortueusement impossible entre deux immigrants qui se vit dans le décor somptueux et vieilli d’une famille aristocrate sans amour. Un film à  ne pas manquer dès le 2 juin 2010.

Rabia se déroule dans les années ’90 en Espagne. Il débute avec cette histoire d’amour toute fraîche entre un ouvrier et une domestique, tous deux immigrés d’Amérique du Sud. Elle, Rosa, sert un vieux couple bourgeois, des parents aimants malgré une séverité franche envers leurs deux enfants, l’un sans travail et sur des plans pour le moins frauduleux, l’autre divorcée pour la deuxième fois. A l’opposé de ces rapports de désamour, nos deux protagonistes ne se connaissent quasiment pas. La relation amoureuse serait idyllique si José Maria ne se faisait taquiner dans la rue et sur son lieu de travail, le chantier, parce qu’il sort “avec cette petite colombienne du quatier qui est très bien roulée”. De là  naît sa colère, il ne supporte pas. Et un jour il réagit aux remarques de son contremaître par un coup meurtrier. Poussé à  se cacher aux yeux de tous, et même à  l’insu de sa belle Rosa, il trouve refuge dans les combles poussiéreuses de la grande maison de maître où elle est employée.

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 Le couple d’amants où chacun vit à  quelques mètres l’un de l’autre, dans ce grand huis clos aux multiples corridors et chambres d’enfants maintenant vides, subit alors les mécanismes d’amours et de silences d’une bourgoisie désuète. Due à  la fois à  la colère et à  l’impuissance, la métamorphose de José Maria relève d’une véritable performance de comédien. L’on appréciera grandement l’évolution des sentiments au quotidien de la famille Torres, les maîtres de maison, mais surtout auprès de la discrète Rosa qui vit dans l’ignorance complète quant à  son amant soi-disant disparu.

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Seul bémol à  ce chef-d’oeuvre, la musique composée par Oriol Tarragà³, qui parfois souligne un peu trop les présences silencieuses et les tensions.

L’histoire est adaptée du roman éponyme de Sergio Bizzio, qui est intervenu à  l’écriture finale du scénario. Le réalisateur Sebastian Cordero (1972- Quito, Équateur) a été séduit par l’analyse fine d’une bourgeoisie déchue, rappelant cette photographie de Martin Chambi “Novia en Mansion Montes” où, sur demande de la mariée, la domestique est présente, discrète, à  droite de l’escalier, dans l’ombre.

Dans ce film, une rage ne peut que gagner le spectateur immergé dans le quotidien de la famille Torres et impliqué dans cette relation d’amour entre deux étrangers liés seulement par de longs plans séquences dans les escaliers, et par d’étranges coups de fil.

Caroline Cuénod

Rabia

Un film de Sebastian Cordero avec Alex Brendemühl et Icà­ar Bollaà­n
Pays : Espagne, Colombie. Titre original : Rabia. 2009.
D’après le roman Rage de Sergio Bizzo.

Toronto Film Festival 2009. Prix Spécial du Jury
Tokyo Film Festival 2009.
Rotterdam Film Festival 2010.

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