Violetta Perra – performance

Violetta Perra.

A1. Quelles sont vos attentes concernant une rencontre entre les acteurs et actrices des arts de la scène et Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

Je voudrais plus de prise en considération des artistes émergents. Plus de réelle évaluation de leur situation. Par exemple l’évaluation des possibilités qu’a un/e artiste émergent(e) face à l’état genevois, ou lorsqu’il/elle arrive à Genève en tant qu’artiste étranger. Une mise en valeur et une évaluation de ses papiers et des études qu’il/elle a faites, pour son insertion dans le monde du travail. Je voudrais aussi qu’on parle de l’importance de l’art produit par les acteurs moins connus de la scène artistique, et de l’importance d’avoir plus de plateformes, de scènes et d’espaces expérimentaux, dédiés à la recherche, aux processus de construction et de réflexions autour d’œuvres en cours de création.

Je me demande aussi pourquoi la démarche artistique de l’artiste est si peu suivie par des dramaturges et des figures de support de la scène, qui le pousseraient à poursuivre et à développer un « style ». Et si c’est vrai qu’il y a un nombre aussi important d’artistes – et donc que la « demande » dépasse « l’offre » dans une domaine difficile d’accès – si c’est vrai que la chorégraphie est un domaine où peu réussissent à faire leur chemin, ma question est la suivante : pourquoi y a-t-il un nombre croissant de hautes écoles et de structures dédiées à la formation et à la spécialisation, à l’interdisciplinarité entre les arts (arts de la scène et arts visuels, musique et danse impro etc.)? Pourquoi ces écoles sont de plus en plus nombreuses ? Pourquoi la formation est de plus en plus pointue et de haut niveau s’il n’y a pas de travail en sortant de la formation et que les étudiants se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes? Dans une discipline qui est connue pour être d’accès difficile? En tant qu’artiste, il faut être à la pointe, jeune, ultra-formé, flexible, spécialisé et performant, mais les infrastructures manquent pour travailler.

Certes, c’est aussi la responsabilité de l’artiste, d’apprendre à se débrouiller pour trouver sa voie, sa manière d’être, sa liberté d’expression et de création, comme on le dit toujours. Cependant, dans le contexte dans lequel on vit, cette liberté de création est limitée par des intérêts financiers: elle se réduit à un produit de consommation. Comme ça, on pourrait dire d’une œuvre : « c’est malin, c’est beau, c’est visuel, c’est cool, quelle idée fantastique ! », plutôt que « c’est intéressant, c’est travaillé, c’est cohérent, il y a une idée derrière, c’est un défi, c’est l’esthétique, le choix de l’artiste. Car de dire que chaque individu est différent, au nom de la liberté et après de dire qu’on est tous des artistes libres de faire de l’art c’est facile. Par contre, dans ce travail, il est nettement plus difficile d’avoir un suivi net et transparent, de pouvoir travailler correctement et d’arriver à gagner correctement sa vie en tant qu’artiste. Il n’y a pas de suivi et d’organisation dans la manière de travailler les projets. Il n’y a pas d’infrastructures qui permettent de passer d’un projet à l’autre de façon organique. Il n’y a pas de certitude dans ce métier. On dirait « c’est bien ! On dirait « c’est ça l’art, l’art c’est un défi, il y pas de certitudes » et le fait qu’il soit éphémère et inaccessible peut être beau. C’est de l’art, certes. Et pourtant, peut-être c’est une utopie, et peut-être un risque d’avoir un art trop suivi par l’Etat, trop confiné au simple statut de «boulot», ça pourrait devenir un peu propagandiste de n’avoir que des travaux mandatés par l’Etat, mais moi, franchement, je n’ai pas beaucoup l’esprit d’entreprise. Créer, je crois que c’est un droit, comme celui de travailler pour vivre correctement. C’est un droit, le travail, même si l’on choisit de ne pas travailler dans un bureau pour tenter de survivre dans ce milieu difficile qu’est l’art.

A.2. Quelles sont vos 2 revendications prioritaires à faire valoir auprès de Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

Il n’y a presque plus d’espaces alternatifs dans la scène genevoise. Je pense que les espaces alternatifs sont très importants pour la culture. Ils représentent le terrain, la base, les fondements à partir desquels la culture peut surgir, se renouveler, inventer, sans contraintes institutionnelles.

Par ailleurs, il me semble qui n’y a pas beaucoup de coordination entre les artistes et les producteurs de la scène artistique genevoise. Fondamentalement l’artiste est juste livré a lui même, surtout s’il /elle ne fait pas parti d’un bloc: danse ou théâtre. Le pluridisciplinaire est simplement omis, oublié, il n’existe presque pas, exception faite de quelques artistes invités étrangers.

A.9. Quels engagements souhaitez-vous que les structures prennent pour soutenir et développer au mieux les arts de la scène ? (Développer un public ? assurer la diffusion du projet ? formation continue ? insertion professionnelle ? production des projets ? coproduction ? production déléguée ? autre ?)

Plus de structures de soutien pour l’artiste. Développer un public. Insertion professionnelle continue qui permet à l’artiste de suivre un parcours et pas d’etre livré a lui même chaque fois qu’il/elle développe un nouveau projet, comme si c’était tout a recommencer chaque fois et comme si les professionnels était seulement le nouveau talents. Il y a pas de suivi et même pas de stand by dans le métier. Développement d’un réseau artistique du marché du travail ouvert et transparent pour et seulement pour les artistes.

 

Violetta Perra. 26 septembre 2014

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