Sarah Marcuse – Cie La Fourmilière

Réponses de Sarah Marcuse. Cie La Fourmilière.

A1. Quelles sont vos attentes concernant une rencontre entre les acteurs et actrices des arts de la scène et Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

Je souhaite mieux comprendre l’implication et la position de notre magistrat ainsi que la température générale des artistes Suisses romands.

A.2. Quelles sont vos 2 revendications prioritaires à faire valoir auprès de Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

Le chargé de Cie, ou la metteur en scène est confronté à des difficultés diverses qui jalonnent la création d’un spectacle. Mis à part la problématique des fonds et du lieu ou de pouvoir créer son spectacle,  je rencontre toujours des difficultés pour trouver un lieu de répétition, et pour stocker mes décors.

Je pense qu’il y a un réel besoin dans ces deux domaines et je propose qu’une réflexion soit menée pour que d’une part, le travail (les répétitions) puisse être fait dans de bonnes conditions (chauffage, lumière !!) et que d’autre part, les milliers de francs qui dorment dans nos caves sous forme de panneaux, rideaux, proscénium etc puissent être stockés dans un lieu accessible à tous et récupérés pour d’autres réalisations.

A.3. Avez-vous des questions que vous aimeriez poser au magistrat afin de mieux comprendre le fonctionnement de son département concernant les arts de la scène ?

?

A.4. Pouvez-vous lister 10 critères qui permettent le mieux de situer et valoriser votre travail (ex : nombre de créations à votre actif, d’années de travail, de dates ou de lieux de tournée, enjeux pédagogiques, de nombre d’employés de votre cie, etc.) ?

1. Ma Cie ( La Fourmilière, Sarah Marcuse) crée en général un spectacle par an et a également un spectacle en reprise et tournée chaque année.
2. Le support de ces spectacles est constamment différent. Il peut s’appuyer sur une BD (Le Chat du Rabbin), une pièce, un roman, un montage de textes.
3. Je choisi un projet en fonction de ce qu’il peut nous apporter (au public et à l’équipe) en terme de réflexion, d’énergie, de dynamique. Je crois dans un théâtre qui réveille en nous des forces et des espaces qui favorisent l’émancipation, la croissance de l’âme et de l’esprit. Cette recherche est joyeuse, humoristique et fantasque.
4. Je me refuse à faire vibrer la corde de la violence, de la critique sociétale, de ce que l’humain recèle de malsain, de glauque. Les médias s’en chargent, ce n’est pas mon rôle.
5. Je travaille avec des musiciens d’ici. Sur scène ou (et) en amont. La dimension musicale fait partie de ma vie. Elle est extrêmement importante dans mes spectacles.
6. La plupart de mes costumes et accessoires sont récupérés à la Renfile CSP avec qui j’ai un arrangement depuis quinze ans. Il est important pour moi de mettre un frein à la consommation et également de devoir faire avec certaines contraintes. La costumière –accessoiriste doit faire preuve d’imagination et d’inventivité pour ré-adapter, transformer cette matière première.
7.  Je produis et met en scène des spectacles depuis 1997. Tout d’abord via la Cie La Manufacture, puis La Cie La Fourmilière. Ce qui veut dire 12 spectacles. Le 13ème,  GUITOU de Fabrice Melquiot, sera créé en décembre prochain au Théâtre Alchimic.     RING de Léonore CONFINO tourne depuis 2011 en Suisse. Il sera cette année à Martigny, à Fribourg et à Verscio au Tessin.
Le Chat du Rabbin d’après Joann Sfar, sera cette année pour 63 dates au Théâtre des Mathurins à Paris puis à Lausanne, Neuchâtel, St Etienne et Genève.
8. Mon équipe fixe se compose, en plus de ma personne, de Radhia Chapot-Habbes, assistante prod et mise en scène, de Chantal Noirjean, comptable et de Thierry Tordjman pour la tournée.

A.5. Lorsque vous projetez de créer un nouveau projet, savez-vous déjà où vous pourrez le présenter à Genève? A l’étranger ? Avez-vous un rapport privilégié avec une structure genevoise ? Avez-vous un interlocuteur identifié pour le type de travail que vous réalisez ?

J’ai le plus grand mal à être programmée dans un théâtre genevois qui co-produit. Mes projets n’étant pour le moment jamais retenus. Je bénéficie depuis deux ans du soutien inconditionnel de Pierre-Alexandre Jauffret au Théâtre Alchimic, mais ceci ne simplifie pas mon travail de productrice !
A Lausanne j’ai été accueillie à plusieurs reprises par La Grange de Dorigny. Marika et Dominique suivent mon travail depuis plusieurs années. J’entretiens également un bon suivi de relation avec le théâtre du Pommier, Roberto Betti qui accueille Le Chat et qui voulait également programmer RING.

A.6. Quelle diffusion souhaitez-vous pour votre travail (périmètre géographique, type de lieu, type d’accueil, etc.) ?

Je souhaite évidemment une diffusion internationale, nationale et régionale ! Mais avant cela, je souhaiterais plus de curiosité de la part des directeurs de salle de Genève. Je souhaiterai par exemple qu’ils se déplacent pour voir mon travail ! Ce n’est absolument pas le cas.

A.7. Quelle est selon vous le meilleur moyen d’atteindre votre objectif de diffusion ? Quel est selon vous le meilleur soutien pour vous aider à atteindre votre objectif de diffusion ?

L’immense chance que j’ai actuellement d’être programmée à Paris me permet d’espérer désormais une plus grande diffusion de mes spectacles et notamment plus de curiosité de la part de mes pairs Suisses, car tout le monde le sait, nul n’est prophète en son pays !! Ce qu’il me manque c’est d’avoir une aide sur le long terme, comme un conventionnement de la part du DIP ou de la Ville. Je travaille à plein temps, toute seule, à l’élaboration des tournées et des créations et j’aurai réellement besoin de finances pour payer les gens qui ont le savoir et le carnet d’adresse dans ce domaine et qui pourrait m’aider.

A.8. Revendiquez-vous une esthétique définie ? Quels critères ou quels termes utilisez-vous pour définir l’esthétique de votre travail ?

Je revendique une esthétique artisanale. Pas de high tech chez moi. L’esthétique visuelle et sonore participe de ma recherche. Chacun des projets déploie son propre univers. Chaque note de musique, chaque accessoire est réfléchi, recherché. Avec prioritairement deux contraintes. Eviter à tout prix le réalisme pour mettre à contribution l’imaginaire du spectateur. Convoquer la beauté. Harmonie des couleurs, des textures, équilibre sonore. Minimalisme.

A.9. Quels engagements souhaitez-vous que les structures prennent pour soutenir et développer au mieux les arts de la scène ? (Développer un public ? assurer la diffusion du projet ? formation continue ? insertion professionnelle ? production des projets ? coproduction ? production déléguée ? autre ?)

Assurer et participer à la diffusion des projets. Arrêter de proposer 3 dates de représentations pour une création genevoise. Ceci est un non sens ! Il faut que les spectacles rencontrent leur public ! Il faut leur donner un peu de temps et arrêter de penser uniquement en terme de productivité !

QUE LES STRUCTURES SUBVENTIONNEES ENGAGENT DES CREATEURS D’ICI !
Il faut que les structures genevoises soient également les garantes de l’emploi des artistes d’ici (Dans une saine proportion). Cette notion est en train de s’envoler, encore une fois au profit de l’économie ou des économies  !

Sarah Marcuse. Cie La Fourmilière. 18 septembre 2014.

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