Les Urbaines – Lausanne

Réponses de Patrick de Rham, directeur.

L.1. Quelles sont vos attentes concernant une rencontre entre les acteurs et actrices des arts de la scène et Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

Je pense que ce n’est souvent pas dans ce style de grandes rencontres que les idées éclosent, ce sont par contre des rendez-vous importants pour la communication aux médias. En ce qui concerne le type de politique culturelle menée, il appartient au délégué culturel de prendre des décisions courageuses qui découlent de ses contacts réguliers avec les acteurs culturels, le public, sa connaissance des scènes internationales etc… Ces décisions n’iront pas forcément dans le sens des revendications des acteurs culturels. En ce qui concerne les arts de la scène à Genève, une politique plus audacieuse me parait à envisager – la singularité et la cohérence d’une politique culturelle étant une des clés de l’identité visible d’une ville (cf Amsterdam, Bruxelles, Berlin, Zürich…)

L.2. Quelle est ou quelles sont la ou les missions prioritaires de votre lieu ?

But inscrit dans les statuts de la fondation : « Permettre à des projets artistiques innovants de voir le jour et de se développer; offrir gratuitement au public des créations pluridisciplinaires pointues et de qualité, avec une programmation lisible, axée sur l’émergence et la prise de risque. »

L.3. Qu’est-ce qui pourrait être selon vous fixé dans le cahier des charges de votre lieu (mission du lieu)?

Idem L.2 en ajoutant

– le principe strict de découverte : il n’appartient pas aux Urbaines d’inviter des artistes installés, connus, déjà inscrits dans l’institution ou l’histoire de l’art.
– la différentiation de la programmation de celle des lieux d’arts de la ville
– la préparation de la relève.

L.4. Qu’est-ce qui relève du projet artistique de la direction (choix artistiques) ?

Le désir de transgresser les codes institués et la pensée artistique unique, y compris dans le « contemporain », la croyance que les projets actuellement trop singuliers pour les institutions sont leurs futurs succès, l’interdisciplinarité, le décloisonnement et la porosité, la mise à plat des référentiels alternatifs/ populaires/ académiques, la valorisation des démarches singulières et parallèlement du point de vue du spectateur sur celles-ci.

Le principe de découverte est appliqué de manière stricte afin d’éviter le vieillissement de la « famille » du festival – organe de programmation, artistes et public. Cela signifie que les artistes, sauf exception, ne se produisent qu’une fois au festival.

En ce qui concerne la nature des projets, un dialogue est entretenu avec les artistes sur le type de projet présenté, leur laissant une grande liberté de format, de médium. Le rapport avec les artistes invités est basé sur la confiance, l’encouragement de leur démarche et leurs envies personnelles.

L.5. Quel est le mode de gouvernance de votre structure (comment les décisions sont-elles prises : collectif, direction)? Quelle est la durée du mandat de direction de votre structure?

Le directeur dirige et décide de tous les aspects du festival, ce qui ne l’empèche bien-sûr pas de consulter ses collaborateurs ou quiconque il jugera opportun. Il est garant des buts de la structure. Il s’entoure de programmateurs invités pour multiplier ses réseaux, ses expertises et permettre à l’inattendu de survenir. Il n’est pas un artiste. Il ne défend pas une esthétique particulière ni une famille d’artistes particulière, mais est au service des projets et des artistes qu’il programme et de leur découverte par le public. Il est nommé par le conseil de fondation qui discute la reconduction de son mandat de manière indépendante, année après année, sans règle de durée. Le directeur actuel est en fonction depuis 7 éditions.

L.6. Combien de spectacles accueillez-vous en moyenne par saison ? Ce choix relève-t-il d’une décision interne ou est-il régi par une convention avec un partenaire extérieur ?

Douze à quinze spectacles ou performances différentes (présentés chacun deux à trois fois), un douzaine de concerts et une vingtaine d’artistes plasticiens sont invités en moyenne à chaque édition du festival. Il n’y a pas de règle sur le nombre de projets présentés.

L.7. Un rapport proportionnel entre accueils et de créations a-t-il été défini (décidé par vous ou par une convention avec un partenaire extérieur)?

Non. Le festival accueille volontiers des créations mais ne l’exige pas. Il n’a pas les moyens d’être un coproducteur.

L.8. Un rapport proportionnel de travail avec des cies locales et des cies d’autres cantons ou étrangères (décidées par vous ou par une convention avec un partenaire extérieur)?

Non, mais la direction veille à un équilibre et à la création d’un plateforme de mise en réseau des artistes présents. L’indispensable participation de certains bailleurs de fonds est liée à la présence d’artistes d’autres régions linguistiques. L’interprétation de plus en plus stricte de ces critères jadis plus souples peut à terme poser des problèmes de qualité en excluant la variations du nombre de ces projets en fonction de leur pertinence.

L.9. Comment définissez-vous une compagnie locale, étrangère ?

Local : Suisse romande sans distinction de ville ou de canton

Nationale : Suisse

Internationale : hors Suisse

L.10. Avez-vous des proportions de spectacles selon les disciplines artistiques ? Si ce n’est pas déjà le cas, prévoyez-vous d’accueillir de la danse et des projets pluridisciplinaires ?

Les Urbaines est un festival transdisciplinaire, à l’aise avec tous les médiums et tous les référentiels. Il n’est pas intéressé par la défense des chapelles, y compris des chapelles de la danse et du « pluridisciplinaire ».

L.11. Quels montants attribuez-vous aux cies présentées ? Avez-vous des règles définies ou décidez-vous en fonction de chaque projet?

Les montants varient en fonction de l’importance des projets, mais en veillant à une égalité de traitement entre eux.

L.12. Comptez-vous les montants accordés aux cies par les collectivités publiques dans le budget global de votre structure ?

Non.

L.13. Avez-vous une grille salariale  – concernant votre équipe – concernant les cies que vous présentez ?

Il n’existe pas de grille salariale à proprement parler – le personnel fixe représente deux personnes.

L.14. Quelles propositions de mesures avez-vous mis en place concernant la culture que vous désirez partager (ex. théâtre à midi, théâtre hors les murs, etc.) ?

Gratuité, horizontalité des rapports entre disciplines, entre milieux culturels, entre festival et festivaliers (pas de médiation verticale), mélange des publics entre le différentes disciplines, art dans l’espace public, workshops, radio participative du festival. Intervention du Master TRANS (médiation) de la HEAD : bureau de médiation, visites des APEMS, ateliers/ garderie pour les enfants, conférences/rencontres, visites guidées…

L.15. Qu’est-ce qui peut être amélioré pour développer la diffusion et quels critères établir ?

Les Urbaines ne diffusent pas directement les projets du festival – le festival n’en est pas coproducteur, ce n’est pas sa mission et il n’es a pas les moyens – mais son réseau national et international y participe parfois et des échanges ponctuels ont lieux.

De manière générale, je pense qu’il est important que les institutions soient des plateformes rayonnantes plutôt que des offres de consommation culturelle, afin de servir par leur aura particulière comme « label » pour les artistes qui s’y sont présentés et leurs désirs de diffusion, tout en améliorant la qualité de l’expérience qu’elles peuvent elles-mêmes avoir avec le public. Afin d’y arriver, leur identité doit donc être forte et leurs racines ancrées localement même si leur elles programment beaucoup de projets internationaux.

L.16. Quel type de relation souhaiteriez-vous avoir avec la Ville de Genève ? Sous quelle forme souhaitez-vous que le dialogue ait lieu ?

Le festival a lieu sur Lausanne. Les rapports sont bons, le soutien pérennisé et les rendez-vous entre politiques et direction du festival sont réguliers, ce qui est important.

 

Les Urbaines, Patrick de Rham, directeur. 21 août 2014.

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