Julien Brun – metteur en scène

Julien Brun, metteur en scène.

A1. Quelles sont vos attentes concernant une rencontre entre les acteurs et actrices des arts de la scène et Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

Je remplis ce questionnaire à titre personnel et à la suite de la rencontre du 29 septembre. La suggestion de Myriam Kridi ainsi que le début de discussion avec Virginie Keller m’ont amené à vouloir prendre le temps de développer ma pensée ici.

Mes attentes concernant cette rencontre n’étaient pas très claires et je dois constater que le résultat de celle-ci ne l’est pas forcément beaucoup plus. Ont été abordés un grand nombre de sujets reliés de près ou de loin à la politique culturelle genevoise, mais ayant malheureusement trop souvent comme point de départ une volonté de faire l’état des lieux de la situation actuelle, avec en fond une attitude de légitimation de la place de chacun dans le système genevois. J’aurais personnellement souhaité entendre les projections dans le futur (utopiques ou non) de chacun. Les rêves et les aspirations.

A.2. Quelles sont vos 2 revendications prioritaires à faire valoir auprès de Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

Mes revendications sont en formes de question. De même que ce que j’ai brièvement dit lors de la rencontre, ma principale question est la place de la prise de risques à Genève. Quelle est la place pour des projets risqués, aux frontières des différentes disciplines, dans le système de subventionnement, dans les programmations des institutions, comme dans l’activité artistique professionnelle ? Je sens en effet une attitude globale de survivant dans le milieu genevois. Chacun doit se battre pour conserver et ses acquis et trop d’énergie est dépensée à asseoir sa place. Comment créer des espaces de recherche et de création qui repoussent les frontières du possible ? Comment donner à tous la possibilité de sortir du mode production, de tenter le risque de se renouveler ? Et comment éviter l’autarcie d’un milieu en déséquilibre avec le reste de la création européenne, que ce soit au niveau des coûts de la vie suisses que des réseaux de collaboration encore trop exigus et fragiles ?

A.3. Avez-vous des questions que vous aimeriez poser au magistrat afin de mieux comprendre le fonctionnement de son département concernant les arts de la scène ?

J’aimerais savoir quelles sont les actions du département que dirige Sami Kanaan, au niveau de l’accompagnement du milieu culturel. J’ai beaucoup entendu parlé de chiffres. C’est certes très intéressant, et d’une certaine manière central, mais je me pose la question de quelles sont les mesures d’encouragement et d’accompagnement, de construction d’une politique culturelle qui ne passe pas que par les subventions. Il y a, entre autres, à Genève un dialogue à affermir entre les institutions et les artistes, une touche d’inventivité à insuffler, une mise en réseau de la création locale avec la création suisse et internationale à créer. Et pourquoi est-ce que cela ne ferait pas partie du mandat de nos élus et de leurs départements ? J’ai beaucoup entendu cet après-midi que ceux-ci ne peuvent pas s’engager sur tous les terrains. Pourquoi pas dans le fond ?

A.4. Pouvez-vous lister 10 critères qui permettent le mieux de situer et valoriser votre travail (ex : nombre de créations à votre actif, d’années de travail, de dates ou de lieux de tournée, enjeux pédagogiques, de nombre d’employés de votre cie, etc.) ?

5 créations à mon actif en tant que metteur en scène et de directeur artistique.

Plus 5 de pratique professionnelle des arts de la scène. Travail en tant que scénographe, concepteur lumière et directeur technique pour des créations d’opéras, de danse contemporaine, de théâtre, de cirque et de pluridisciplinaire. Créations d’objets scéniques et artistiques ainsi que d’événements culturels en Suisse, Allemagne, France, Canada, Autriche, Grande-Bretagne, Finlande et Etats-Unis.

Depuis trois ans, j’anime un atelier autour du théâtre et de la téléprésence, sous l’égide du Conservatoire de Poitiers, du Lieu Multiple, de l’université Rennes, et maintenant du Conservatoire National Supérieur Dramatique de Paris.

Ma pratique est internationale et diverse, autant d’un point de vue de production que d’équipe. Je dois avouer chercher, d’une certaine manière, à inviter l’inceste d’un milieu de travail unique, tout en regrettant ne pas être assez implanté dans des lieux qui me sont chers, comme Genève. Je tente de trouver le juste équilibre entre création contemporaine pure et participation à des spectacles plus classiques et institutionnels. Ceci, afin de garder une vue d’ensemble de la création scénique d’aujourd’hui et de ne cesser d’apprendre et de créer.

A.5. Lorsque vous projetez de créer un nouveau projet, savez-vous déjà où vous pourrez le présenter à Genève? A l’étranger ? Avez-vous un rapport privilégié avec une structure genevoise ? Avez-vous un interlocuteur identifié pour le type de travail que vous réalisez ?

Tout comme ma pratique, je change très souvent de ville et d’interlocuteur. Ceci me permet de rencontrer et de travailler avec des artistes très divers et complémentaires, ainsi que de remettre en question mes acquis techniques et artistiques. La possibilité de commencer un dialogue privilégié avec une institution, ou du moins un lieu, pourrait cependant apporter une continuité de mon travail ainsi que le développement de mon langage personnel.

A.6. Quelle diffusion souhaitez-vous pour votre travail (périmètre géographique, type de lieu, type d’accueil, etc.) ?

Je souhaiterais une diffusion internationale, au-delà des frontières physiques, linguistiques et culturelles.

A.7. Quelle est selon vous le meilleur moyen d’atteindre votre objectif de diffusion ? Quel est selon vous le meilleur soutien pour vous aider à atteindre votre objectif de diffusion ?

Je pense que le seul moyen de mettre une telle diffusion en place est d’intégrer un réseau de coproducteurs ou de diffuseurs, par le biais d’une institution de création.

A.8. Revendiquez-vous une esthétique définie ? Quels critères ou quels termes utilisez-vous pour définir l’esthétique de votre travail ?

C’est toujours un exercice difficile que de se définir par les mots. Pour résumer, je dirais que je me situe dans une jeune génération de créateurs qui cherchent à dépasser les limites du disciplinaire et du discours post-moderne.

A.9. Quels engagements souhaitez-vous que les structures prennent pour soutenir et développer au mieux les arts de la scène ? (Développer un public ? assurer la diffusion du projet ? formation continue ? insertion professionnelle ? production des projets ? coproduction ? production déléguée ? autre ?)

Je souhaiterais simplement que chaque structure garde le notion de prise de risques comme l’un des points de départ principaux de son travail.

A.10. Souhaitez-vous qu’il existe une ou plusieurs sources de financement publiques pour vos créations (situation actuelle ou une nouvelle répartition) ?

Je suis pour la multiplicité des sources de financement publiques. Le défi est ensuite de bien la communiquer pour chacun y trouve son chemin.

Julien Brun, metteur en scène. 29 septembre 2014.

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