Jérôme Richer – Compagnie des Ombres

Questions aux artistes. Réponses de Jérôme Richer, responsable artistique de la Compagnie des Ombres

A1. Quelles sont vos attentes concernant une rencontre entre les acteurs et actrices des arts de la scène et Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

Que cette rencontre soit véritablement suivie d’effets et pas simplement un moment de démocratie sans lendemain. Que les discussions puissent dégager des principes sur lesquels le plus grand nombre s’entendent. Que ce ne soit pas comme trop souvent dans ce type de rencontre un réceptacle de plaintes.

A.2. Quelles sont vos 2 revendications prioritaires à faire valoir auprès de Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

– Une clarification des critères qui président à l’obtention de subventions. En effet, s’il existe selon les documents des critères objectifs pour l’attribution de celles-ci, il semble par moments que d’autres critères entrent en ligne de compte. Un organisme de subventionnement public se doit de ne pas fonctionner avec de l’implicite. C’est la base de la démocratie et de la justice.
– Une plus grande place de la danse dans les institutions.

A.3. Avez-vous des questions que vous aimeriez poser au magistrat afin de mieux comprendre le fonctionnement de son département concernant les arts de la scène ?

Dans le discours, il souvent question du rayonnement culturel de Genève, concrètement qu’est-ce que vous êtes prêt à accomplir pour accentuer ce rayonnement et donner comme moyens aux artistes locaux pour développer leurs spécificités ?

A.4. Pouvez-vous lister 10 critères qui permettent le mieux de situer et valoriser votre travail (ex : nombre de créations à votre actif, d’années de travail, de dates ou de lieux de tournée, enjeux pédagogiques, de nombre d’employés de votre cie, etc.) ?

La Compagnie des Ombres a été créée en 2005. Elle a réalisé 11 spectacles depuis sa création (sans compter des formes plus légères). 9 de ces 11 spectacles ont tourné hors du canton de Genève (Suisse Romande et France). La Compagnie essaie dans la mesure du possible d’être fidèle à ses collaborateurs, même s’il lui est pour l’instant impossible d’engager du personnel à l’année. Tous les collaborateurs rétribués par la Compagnie des Ombres le sont à parts égales pour une même unité de temps.
Par ailleurs, la Compagnie des Ombres est depuis deux ans la structure de suivi du collectif d’auteurs suisses Nous sommes vivants (Antoinette Rychner, Marie Fourquet, Philippe Soltermann, Julie Gilbert et Jérôme Richer) présents sur les scènes suisses, françaises et québécoises.
D’une manière générale, la question de la transmission et de la mémoire est au cœur de notre démarche artistique.

A.5. Lorsque vous projetez de créer un nouveau projet, savez-vous déjà où vous pourrez le présenter à Genève? A l’étranger ? Avez-vous un rapport privilégié avec une structure genevoise ? Avez-vous un interlocuteur identifié pour le type de travail que vous réalisez ?

Avec ma structure, nous sommes en résidence au Théâtre Saint Gervais Genève depuis 2009. Cela créé un rapport privilégié avec ce théâtre. Pour autant, il y a une liberté de part et d’autre qui nous permet de travailler aussi avec d’autres théâtres de la place sans que cela implique un conflit de loyauté. Par ailleurs, cette résidence est un « label » auprès d’autres structures de Suisse romande ou de France pour affirmer le sérieux et la qualité de notre démarche artistique.
En France, le Festival international des Francophonies en Limousin est devenu depuis 2010, un autre partenaire régulier de notre travail.

A.6. Quelle diffusion souhaitez-vous pour votre travail (périmètre géographique, type de lieu, type d’accueil, etc.) ?

Plus un spectacle est joué, plus ses qualités intrinsèques (si tant est qu’il soit réussi évidemment) peuvent s’affirmer. Un spectacle s’enrichit par ailleurs souvent de la rencontre avec d’autres types de public que celui du lieu d’implantation de la Compagnie. Il n’y a donc pas, a priori, de limites à la zone de diffusion de notre travail. C’est plus une question de temps et d’énergie à consacrer à la diffusion.

Toutefois plus spécifiquement, nous regrettons qu’il n’y ait pas plus d’échanges entre les différentes zones linguistiques de la Suisse. Ce n’est pourtant pas un problème de langue puisque plusieurs théâtres de Genève accueillent régulièrement des spectacles sur-titrés mais peut-être un manque de volonté politique.  C’est regrettable.

A.7. Quelle est selon vous le meilleur moyen d’atteindre votre objectif de diffusion ?

Que les théâtres dans lesquels nous sommes programmés assument un véritable travail de diffusion. Toutefois comme de nombreux théâtres sont aussi dirigés par des metteurs en scène, ils ont tendance à ne mettre en avant que leurs propres créations.

Par ailleurs, les autorités pourraient être beaucoup plus proactifs dans la valorisation des artistes locaux. Trop souvent, il semble y avoir comme un complexe d’infériorité par rapport à d’autres scènes. C’est dommage car nos artistes ont souvent des atouts à faire valoir à l’étranger et dans le reste de la Suisse.

A.8. Revendiquez-vous une esthétique définie ? Quels critères ou quels termes utilisez-vous pour définir l’esthétique de votre travail ?

Pour l’essentiel, notre travail est basé sur une observation du réel. Il s’inspire des théories du théâtre documentaire portées par Peter Weiss pour mieux s’en distancer dans la réalisation scénique. Si en amont des spectacles, il y a souvent un important travail de recherche, il s’agit de le digérer, de le faire sien pour trouver une véritable liberté dans l’écriture et le travail de plateau. Plus que du théâtre documentaire, on peut parler de théâtre documenté influencé par l’agit-prop et d’autres courants alternatifs. Un théâtre qui est souvent qualifié par certains de politique, même si par essence, tout théâtre est politique.

A.9. Quels engagements souhaitez-vous que les structures prennent pour soutenir et développer au mieux les arts de la scène ? (Développer un public ? assurer la diffusion du projet ? formation continue ? insertion professionnelle ? production des projets ? coproduction ? production déléguée ? autre ?)

Qu’un théâtre assume la production déléguée d’un spectacle permet souvent à une compagnie de mieux se consacrer à la partie artistique et c’est un plus pour une petite structure qui doit jongler avec des budgets souvent limités.
Que les institutions comme la Comédie ou Carouge engagent les artistes locaux à des rôles équivalents que les artistes étrangers dans les grandes coproductions internationales.

A. 10. Souhaitez-vous qu’il existe une ou plusieurs sources de financement publiques pour vos créations (situation actuelle ou une nouvelle répartition) ?

Globalement la situation actuelle nous convient.

Jérôme Richer. Cie des Ombres. 2 septembre 2014.

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