Elidan Arzoni – Cie Métamorphoses

Réponses d’Elidan Arzoni.

A1. Quelles sont vos attentes concernant une rencontre entre les acteurs et actrices des arts de la scène et Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

A.2. Quelles sont vos 2 revendications prioritaires à faire valoir auprès de Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

A.3. Avez-vous des questions que vous aimeriez poser au magistrat afin de mieux comprendre le fonctionnement de son département concernant les arts de la scène ?

A.4. Pouvez-vous lister 10 critères qui permettent le mieux de situer et valoriser votre travail (ex : nombre de créations à votre actif, d’années de travail, de dates ou de lieux de tournée, enjeux pédagogiques, de nombre d’employés de votre cie, etc.) ?

À ce jour, la Compagnie Métamorphoses a présenté cinq spectacles:
La Vérité de Florian Zeller (2014, Théâtre Alchimic, en cours jusqu’au 2 octobre)
Les Liaisons dangereuses adaptation de Christopher Hampton d’après Choderlos de Laclos (2013, Théâtre Alchimic)
« Art » de Yasmina Reza (2012-13, Théâtre Alchimic et Théâtre de l’Orangerie)
La Leçon d’Eugène Ionesco (2011, Théâtre Alchimic)
Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès (2010, Théâtre T/50)
Huis clos de Jean-Paul Sartre (2008, Théâtre T/50)

A.5. Lorsque vous projetez de créer un nouveau projet, savez-vous déjà où vous pourrez le présenter à Genève? A l’étranger ? Avez-vous un rapport privilégié avec une structure genevoise ? Avez-vous un interlocuteur identifié pour le type de travail que vous réalisez ?

Oui, j’aime beaucoup travailler au Théâtre Alchimic. Ce lieu m’inspire. L’acoustique y est parfaite et la fréquentation excellente. Le directeur du lieu est accessible et donne rapidement une réponse, il ne fait pas traîner le dossier pendant des mois. Hélas, la Ville me reproche de ne pas travailler dans un théâtre de l’institution. Ils disent que l’Alchimic n’est pas sur leur territoire et que ce théâtre n’est pas une priorité pour eux. Que ce serait au Canton d’entrer en matière. Mais le Canton (qui n’a soutenu que mon premier spectacle et aucun depuis) me dit qu’ils n’ont pas assez d’argent, qu’ils doivent faire des choix…

J’ai évidemment fait de nombreuses propositions à d’autres théâtres dont 6 au Poche, 3 à la Comédie, 2 à Carouge, 2 à St-Gervais, 3 au Grü, 3 au Grütli (une proposition est encore en cours), 2 à l’Orangerie, 1 à l’Usine, 2 au Loup (mais là c’est moi qui trouvait que finalement le lieu était trop grand pour ce que je voulais faire). Ce n’est pas que ces directeurs n’apprécient pas mon travail (au contraire, semble-t-il, pour certains en tout cas), mais ils ont tous leurs goûts et sensibilités en matière de programmation…

J’invite à chaque fois tous les directeurs de théâtre des autres cantons à venir voir mes spectacles. Jusqu’ici, personne ne s’est déplacé. Ils n’ont pas le temps, leur programmation est déjà faite ou ils ont d’autres priorités en matière de programmation.

À part deux reprises de « Art » à l’Alchimic et à l’Orangerie, aucun de mes spectacles n’a tourné. Alors que les 4 spectacles que j’ai fait à l’Alchimic ont eu et ont énormément de succès, y compris celui actuellement en cours.

A.7. Quelle est selon vous le meilleur moyen d’atteindre votre objectif de diffusion ? Quel est selon vous le meilleur soutien pour vous aider à atteindre votre objectif de diffusion ?

J’aimerais beaucoup pouvoir tourner mes spectacles, mais je pense que la priorité est d’abord de pouvoir faire des créations dans des conditions correctes, ce qui n’est de loin pas le cas. Sur ma production actuelle, La Vérité de Florian Zeller (jeune auteur franco-suisse dont c’est la première pièce montée en Suisse romande) au Théâtre Alchimic encore jusqu’au 2 octobre, je n’ai obtenu que 50% du financement. Du coup, je ne peux toujours pas inscrire ma compagnie à une caisse de prévoyance professionnelle afin de cotiser à la LPP. Comme il n’y a pas assez d’argent, j’ai été obligé, comme d’habitude, à m’occuper simultanément de la mise en scène, de la scénographie, des costumes, des accessoires, à superviser la production et à jouer le rôle principal… Cela ne me pose pas de problème majeur, c’est avant tout une question d’organisation, même si c’est une grosse prise de risque artistique à chaque fois, mais là où cela devient totalement injuste, c’est que je ne toucherai qu’un seul salaire de 3 ou 4 semaines pour l’ensemble du travail (mes comédiens gagneront le double) qui a nécessité plusieurs mois de préparation. De plus, au jour d’aujourd’hui, cette production accumule un déficit de CHF 6’000.-

A.8. Revendiquez-vous une esthétique définie ? Quels critères ou quels termes utilisez-vous pour définir l’esthétique de votre travail ?

Je propose des spectacles avec des points de vue forts qui trouvent des liens dans les questionnements de nos existences et de nos relations avec autrui. Dans ce sens, je m’attache à mettre en évidence ce qui relie universellement l’œuvre aux spectateurs. Afin de donner toute sa résonance au texte et au propos de l’auteur, j’évite volontairement les effets scéniques superflus et m’appuie sur une dramaturgie qui creuse en profondeur. Cela se traduit sur le plan esthétique par une approche radicale et épurée, mais également élégante de la scénographie. La direction d’acteurs cherche à produire un parler vrai ainsi qu’un jeu concret empreint d’intensité, de sobriété et de profondeur humaine. J’œuvre également à stimuler l’imaginaire du spectateur, à le rendre actif en lui proposant du signifiant à la place de l’illustration et en l’incitant ainsi à lire le spectacle. Enfin, mes productions s’adressent à un public le plus large possible, que celui-ci soit néophyte ou chevronné en matière théâtrale.

A. 10. Souhaitez-vous qu’il existe une ou plusieurs sources de financement publiques pour vos créations (situation actuelle ou une nouvelle répartition) ?

Le problème fondamental est qu’on est obligé de faire une demande au Canton tout en sachant qu’il n’y a que très peu de chances d’obtenir quelque chose de leur part puisqu’ils n’ont pas assez d’argent. Cela fausse les budgets car, je le dis avec franchise, les budgets que la Ville reçoit intègrent donc le manque estimé par le refus à peu près systématique du Canton. C’est regrettable, mais c’est le système qui le veut. On cherche à compenser une défaillance comme on peut. Dans mon cas, j’accumule 5 refus consécutifs du Canton.

D’autre part, j’aimerais beaucoup cesser de contribuer à précariser mes employés et être en mesure d’inscrire ma compagnie à une caisse de prévoyance professionnelle afin de cotiser à la LPP. Le système actuel qui permet de contourner ces cotisations par des engagements d’une durée de moins de trois mois (le temps habituel d’une production) représente une véritable bombe à retardement pour la retraite des artistes. J’entends avec plaisir lors de rencontres théâtrales le souci des autorités à vouloir remédier au problème de la précarité des artistes, mais, dans la réalité, le financement presque toujours incomplet des spectacles ne permet, la plupart du temps, pas d’y satisfaire. Si j’avais dû cotiser à la LPP, aucun de mes spectacles n’aurait pu se faire. Ce qui veut dire que lorsque je serai à l’âge de la retraite, je serai en situation de pauvreté. Le seul moyen pour m’en sortir quelque peu, sera de chercher à continuer à travailler. Si le système ne s’améliore pas, il y aura donc beaucoup de demandes de subvention de la part d’artistes à la retraite…

Elidan Arzoni. 19 septembre 2014.

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