Compagnie Tohu Wa Bohu, Myriam Boucris

Réponses de Myriam Boucris, pour la compagnie Tohu Wa Bohu.

A.1. Quelles sont vos attentes concernant une rencontre entre les acteurs et actrices des arts de la scène et Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

Nos attentes concernent essentiellement la capacité de notre milieu professionnel à aller vers un tout autre public, en élaborant à cet effet de nouveaux dispositifs. Pour mener cela à bien les compagnies et les institutions culturelles ont besoin de nouveaux outils, elles ont également besoin d’autres modes de faire et cela se construit avec les responsables politiques en place.

A.2. Quelles sont vos 2 revendications prioritaires à faire valoir auprès de Sami Kanaan, magistrat en charge de la culture en Ville de Genève ?

  1. Accompagner et soutenir de nouveaux dispositifs permettant de mettre en lien les institutions culturelles, sociales et associatives pour aller à la rencontre d’un public précarisé.
  2. Mettre en place un dispositif d’attribution des subventions qui permette aux artistes inconnus (jeunes ou moins jeunes) ou peu en vue de faire connaître leur travail et de le développer afin que la scène artistique locale ne soit pas confisquée par quelques « familles ».

A.3. Avez-vous des questions que vous aimeriez poser au magistrat afin de mieux comprendre le fonctionnement de son département concernant les arts de la scène ?

  • Comment sont distribuées les places offertes aux personnes en grande précarité sociale et le nombre de ces places se maintiendra t-il à l’avenir ?
  • La médiation culturelle vient de faire son entrée dans les disciplines subventionnables. Quel est le volant financier de ce nouveau secteur ?
  • Ses moyens sont-ils ponctionnés sur les autres enveloppes ?
  • Quels sont les critères d’attribution de ces subventions et ces critères prennent-ils en compte un projet de création dans son intégralité ?
  • Les membres des commissions d’attribution des subventions ne sont-ils pas sensés se déplacer pour découvrir le travail des artistes qui ont sollicité et obtenu (ou non) une subvention ? Est-ce le cas ? Comment vous assurez-vous que ceci est effectif ?

A.4. Pouvez-vous lister 10 critères qui permettent le mieux de situer et valoriser votre travail (ex : nombre de créations à votre actif, d’années de travail, de dates ou de lieux de tournée, enjeux pédagogiques, de nombre d’employés de votre cie, etc.) ?

  • Notre compagnie est active à Genève dans le domaine de la création théâtrale et musicale depuis 8 ans.
  • Notre prochaine création, prévue pour mai 2015, sera la sixième.
  • Nous travaillons avec une dizaine d’artistes venant de Genève, de Lausanne ainsi qu’un artiste bruxellois et, à l’occasion, un artiste parisien.
  • Depuis le tout début de notre travail nous développons un travail pédagogique de sensibilisation auprès des publics scolaires et en marge.
  • Nos deux dernières créations nous ont permis de déployer un copieux volet de médiation culturel dans lequel nous encrons notre inspiration et le cœur de notre démarche.
  • Nous avons modestement tourné à Fribourg, Lausanne, St Julien en genevois, mais aussi à Cachan et Nanterre. Des contacts sont actuellement en cours avec la Suisse italienne.
  • Nous travaillons avec le son, le geste et de nombreux instruments, persuadés que nous sommes que le mot ne sait pas tout dire.
  • Nous avons travaillés avec des lieux à la frange du culturel et du social et souhaiterions pouvoir approfondir et créer de tels partenariats afin de ne pas restés enfermés dans nos « églises ».

A.5. Lorsque vous projetez de créer un nouveau projet, savez-vous où vous pourrez le présenter à Genève? A l’étranger ? Avez-vous un rapport privilégié avec une structure genevoise ? Avez-vous un interlocuteur identifié pour le type de travail que vous réalisez ?

Notre compagnie est domiciliée sur la commune de Plan-Les –Ouates ce qui nous a permis ces trois dernières années de proposer à cette commune, mais également dernièrement à celle de Carouge, de soutenir des projets de création dont le volet médiation est à la fois ambitieux et central.

Nous avons bénéficié, les premières années, d’une collaboration avec le théâtre de la Traverse. Les subventionneurs nous ont ensuite laissé entendre qu’il ne pouvait pas être bon de « stagner » à cet endroit. Même si la Ville souhaitait favoriser ces lieux mixtes…Un double discours qui continue de nous laisser perplexe.

A.7. Quelle diffusion souhaitez-vous pour votre travail (périmètre géographique, type de lieu, type d’accueil, etc.) ?

La diffusion à laquelle nous aspirons est délicate car elle ne se décline pas en terme de quantité ou d’étendue mais en terme de qualité. Nous souhaitons aller à la rencontre d’un public qui pense que le théâtre ne le concerne pas, un public à la marge qui trouve parfois dans l’expérience artistique(spectacle, ateliers, performances…) une chance de se réenvisager au sein de la société et dans son rapport à soi.

A.8. Quelle est selon vous le meilleur moyen d’atteindre votre objectif de diffusion ? Quel est selon vous le meilleur soutien pour vous aider à atteindre votre objectif de diffusion ?

Le meilleur moyen d’avancer dans ce sens serait de mettre en place de nouveaux dispositifs susceptibles de créer de nouveaux liens entre le milieu culturel et le milieu social. Des dispositifs qui permettent aux artistes et aux compagnies de déployer un travail dans cette articulation même.

A.9. Revendiquez-vous une esthétique définie ? Quels critères ou quels termes utilisez- vous pour définir l’esthétique de votre travail ?

Notre compagnie ne revendique pas une esthétique mais poursuit avec assiduité sa recherche du son qui dit le geste qui dit le mot qui dit le son qui dit le geste….cet endroit où tout l’être se raconte.

A.10. Quels engagements souhaitez-vous que les structures prennent pour soutenir et développer au mieux les arts de la scène ? (Développer un public ? assurer la diffusion du projet ? formation continue ? insertion professionnelle ? production des projets ? coproduction ? production déléguée ? autre ?)

  • Non pas développer un public mais développer des projets, des démarches, des outils qui permettent à un nouveau public de se découvrir lui-même.
  • Coproduire des projets au vrai sens du terme, non pas seulement en les finançant mais en en prolongeant le propos, les visées et les contours.

A.11. Souhaitez-vous qu’il existe une ou plusieurs sources de financement publiques pour vos créations (situation actuelle ou une nouvelle répartition) ?

La situation actuelle est trop aléatoire et trop peu lisible.

Cependant une source unique de subvention ne serait-elle plus arbitraire encore ?La Ville avait proposé, me semble t-il, qu’il y ait un plus grand nombre de compagnies sous contrat mais quelle en serait alors la durée et sur quels critères seraient-ils contractés ?Il faut sans doute se donner la peine d’élaborer ensemble une nouvelle répartition car monter et aboutir un projet artistique est actuellement un vrai parcours du combattant. Pour cela il faudrait que nous soyons nous-mêmes (artistes, compagnies, lieux de créations…) capable de revenir sur nos acquis pour une réduction de nos coûts de création et une meilleure distribution des moyens proposés.

Myriam Boucris, pour la compagnie Tohu Wa Bohu.

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