Un théâtre où nous sommes tous des protagonistes

théâtre de rue

Photo: Association des Familles du Quart Monde de l’Ouest lausannois
Dépassé le théâtre conçu avec des acteurs pour une élite ! Place au théâtre où nous sommes tous des protagonistes, tous des acteurs ! C’est à Lausanne.

Au sein de l’Association des Familles du Quart Monde de l’Ouest lausannois (AFQM),  comme chez Augusto Boal, les parcours de vie sont parsemés d’« histoires d’exclusion ». Les personnes qui se rencontrent à l’AFQM, comme les « spect-acteurs » d’Augusto Boal, sont là pour transformer le fardeau d’une exclusion en un arc-en-ciel de partages. Les situations étant parfaitement similaires, le théâtre social, celui qui prend place dans la rue, s’est très naturellement imposé aux « protagonistes du Quart Monde ».

Un théâtre social, poétique et populaire

L’action menée par Sandra Muri, membre de Métis’arte, et Maika Bruni, coordinatrice à l’AFQM vise à faire un  théâtre social, poétique et populaire conçu comme un pont entre la création artistique et le travail social :

« A travers le moyen accessible à toutes et tous qu’est une performance de rue, le but consiste donc à faire passer un message à un large public et à sensibiliser les passants à ces histoires humaines. Des histoires qui donnent des leçons de vitalité ! Des histoires qui transforment un stigmate en source de résistance et de dignité !
Du côté des protagonistes du Quart Monde, c’est une occasion de se positionner face à une problématique qui les touche en choisissant une démarche citoyenne surprenante : habiter l’espace public et provoquer une réaction des badauds par l’effet de surprise.

Le plus intéressant est le travail fait en amont avec les familles pour élaborer les performances qui seront présentées à Lausanne du 17 au 29 octobre 2011 (Programme complet sur REISO). Pendant plusieurs mois, les usagères et les usagers de l’AFQM, accompagnés par des comédiens de l’association Métis’Arte, se sont essayés aux différents exercices de la méthode du Théâtre de l’Opprimé et de la performance.

Dans notre démarche, le théâtre social a permis de se rencontrer, de se confronter à la réalité de sa vie quotidienne et d’acquérir la capacité de transformer ses sombres recoins. Il a également permis de se préparer à prendre place dans l’espace public, de manière citoyenne et esthétique. »

Déclaration de principes de l’Organisation internationale de Théâtre de l’Opprimé (OITO)
« Tous les êtres humains utilisent, dans leurs vies quotidiennes, le même langage que les acteurs utilisent sur scène : leur voix, leur corps, leurs mouvements et leurs expressions ; ils traduisent leurs émotions et désirs dans le Langage Théâtral. Le Théâtre de l’Opprimé offre à tous les moyens esthétiques d’analyser leur passé dans le présent et, en conséquence, d’inventer leur futur, sans l’attendre. Le Théâtre de l’Opprimé aide les êtres humains à retrouver un langage qu’ils possèdent déjà. Nous apprenons à vivre en société en jouant au théâtre. Nous apprenons à sentir en sentant ; à penser en pensant ; à agir en agissant. Le Théâtre de l’Opprimé est une répétition pour la réalité. »

L’art social est encore difficilement accepté

Pour les auteurs de l’étude « Culture & Médias 2030« ,  l’art social pourrait devenir dominant d’ici 2025 :  » L’enjeu de ce renversement de tendance est énorme : il en va de la place de l’art dans la société, de la définition de l’artiste, de la survie même du régime fondé sur l’originalité, donc de l’existence du droit d’auteur. L’essor de l’art social change également la manière d’envisager l’éducation artistique et culturelle, qui minore l’enseignement de la culture artistique autrefois légitime au profit de l’expression et de la créativité.
Si la dualité entre élitisme et art social est accusée, la puissance publique étatique ne peut plus se réfugier derrière son idéologie du mille-feuille ou de la diversité qui masquait mal son engagement en faveur de l’excellence ; ni derrière une apparente neutralité : il faut aider les artistes sans prendre parti sur l’art. Trois attitudes sont dès lors possibles : soit l’État soutient avec enthousiasme ce nouvel art social ; soit il se contente d’arbitrer les grands conflits ; soit il prend la défense des nouveaux minoritaires. Paradoxalement, le succès de l’art social pourrait entraîner le retour à un certain élitisme. »

« Le théâtre est trop souvent la chasse gardée d’une certaine classe sociale. Ici, nos spectacles sont toujours plein des gens de La Courneuve, dont beaucoup ne sont pas franco-français. Les problématiques qu’on met au centre de nos pièces les touchent profondément ; elles sont portées par des gens qui ne parlent pas de façon intellectuelle, dans des codes très éloignés des leurs. Ces questions existentielles, ici on les pose ensemble, les spectateurs sentent qu’ils ont leur place. Et il me semble alors que le théâtre joue vraiment son rôle et que cela a pleinement son sens d’avoir un théâtre au milieu de cette cité », expliquait Élise Chatauret, l’auteure du spectacle joué à La Courneuve près de Paris, dans le journal Le Monde.

L’art social est une réalité depuis longtemps, même s’il émerge souvent de « l’alternatif » et est porté par des artistes non reconnus, installés dans des squats ou des structures communautaires institutionnalisées. Il dérange le courant intellectuel dominant dont la finalité du système est de produire de la valeur commerciale. Cet artiste, qui est un travailleur comme les autres (Pierre-Michel Menger), aspire à développer la sensibilité et le sens critique de ses concitoyens.

Jacques Magnol

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