Trois rebelles se construisent sur la scène du Galpon

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« Forces » Chorégraphie Nathalie Tacchella. Interprètes : Simona Ferrar, Marion Baeriswyl, Ambre Pini (de g. à d.) ©Isabelle Meister.

Trois danseuses marquent de leur forte personnalité la scène du Galpon. Chorégraphie en trois épisodes, Forces montre, dans le premier acte, trois danseuses engagées dans une succession de mouvements qui rappelle immanquablement un ballet cosmique où, tout à tour elles s’attirent et se repoussent dans un espace géré par la gravité où rien n’est immobile.

La disposition des danseuses sur le plateau scénique offre la vision d’un espace architecturalement construit en plusieurs espaces distincts, simplement délimités par la présence des artistes. Lors du premier acte, la table sur laquelle Simona Ferrar prend appui et qui va s’effondrer est une somme de connaissances et de constructions humaines que l’artiste tente de transmettre au spectateur par des gestes qui évoquent un langage des signes. L’effondrement de la table donne lieu à plusieurs étapes de contruction/déconsruction, des séquences qui illustrent les forces auxquelles nous sommes sans cesse confrontés dans la dynamique d’une vie. Ainsi se construit la chorégraphie qui maintient le spectateur dans un état de tension face à l’incertitude de la construction en cours qui fait écho à nos propres illusions. Dans le deuxième acte, Marion Baeriswyl poursuit la quête d’équilibre en déplaçant de bien plus grands plots noirs pour construire un nouvel espace avant que Ambre Pini célèbre le temps de l’adolescence et de la prise de risque avec la vigueur qui caractérise ce passage. La danse est bien l’art qui échappe aux discours.

Nathalie Tacchella a pris soin de condenser les gestes de chacune des artistes qui prennent le temps de l’observation, de la réflexion et surtout de la répétition, permettant ainsi au spectateur de se concentrer sur une seule danseuse, de voir tout et tout le temps et accéder à une autre dimension. Ici, chaque danseuse garde son individualité et dépasse le statut d’interprète pour doter la pièce de cette présence qui est centrale dans le spectacle vivant, « Ces masses sont des corps féminins sexués. Ce qui sous-tend le travail chorégraphique de Forces est la considération du corps en tant qu’outil et objet de mouvement, en tant que masse. Ce qui est mis ici en avant est le corps féminin, non dans sa dimension genrée, mais en tant que potentiel sexué. »

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« Forces », conception et chorégraphie Nathalie Tacchella.

Notes de Nathalie Tacchella, chorégraphe

Trois terriennes incarnent nos relations marquées par les forces d’attraction.
Forces se fonde sur l’observation de notre capacité à intégrer l’influence gravitationnelle tout en luttant inlassablement contre elle. Aux forces astronomiques se confrontent les forces humaines. Cette dynamique est un point de départ pour travailler la faculté humaine de se révolter. Aussi heureux que Sisyphe, nous vivons et faisons vivre l’absurdité.
Les trois danseuses manipulent ou subissent l’attraction de blocs de différentes tailles qui sont autant de sources et objets de l’expérience humaine: se rebeller, se soulever, se mettre en mouvement, passer de la contemplation à l’action.
Forces est un cadrage chorégraphique qui passe de l’astronomique à l’individu.

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Ambre Pini dans « Forces », chorégraphie Nathalie Tacchella. ©Isabelle Meister.

Inlassablement


Contactée par le Musée International de la Croix-rouge et du Croissant-rouge pour une action artistique et pédagogique en ses murs, la compagnie de l’estuaire propose une déclinaison de Forces. Inlassablement est le titre de cette création in situ dansée par les interprètes de Forces, Marion Baeriswyl, Simona Ferrar et Ambre Pini.

Inlassablement est une réflexion chorégraphique sur l’action humanitaire et une mise en corps et en espace de ce travail de Sisyphe qui lutte inlassablement et quotidiennement contre les forces destructrices, reconstruisant ce qui est défait.
Les danseuses sont les témoins et les protagonistes de ces paradoxes qui jalonnent notre histoire humaine. Leur danse émerge de la «Chambre des témoins» pour se déplacer à rebours jusqu’à l’atrium, devant le Musée, restituant ainsi les thématiques au monde civil.

La compagnie de l’estuaire s’est immergée dans les trois thématiques de l’exposition permanente du Musée International de la Croix-rouge et du Croissant-rouge, « Défendre la dignité humaine», «reconstruire le lien familial», «Limiter les risques naturels» pour approfondir ce paradoxe humain qui consiste à réparer, à lutter contre les déséquilibres sans véritablement les endiguer.

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Marion Baeriswyl dans « Forces », chorégraphie de Nathalie Tacchella.©Isabelle Meister.

 

FORCES


Théâtre Le Galpon, Genève. 6 au 11 mai 2014.
Conception et chorégraphie Nathalie Tacchella.  Cie de l’Estuaire. Danse Marion Baeriswyl, Simona Ferrar, Ambre Pini. Musique : Adrien Kessler.

Inlassablement


Musée International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Genève. 17 et 18 mai, 4 octobre.

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