Six compagnies chorégraphiques genevoises soulignent leur importance économique

Black Swan, scène

« Black Swan », Cie Gilles Jobin, une création qui voyage

En Suisse, le rôle économique du secteur culturel et créatif reste largement ignoré; pour le souligner, six compagnies genevoises regroupées sous le sigle  RG3C vont prochainement publier leurs chiffres communs afin de faire état de résultats cumulés impressionnants qui dépassent ceux de certaines grandes institutions.

Le « Regroupement Genevois des Compagnies Chorégraphiques Conventionnées » qui comprend: Cie Alias / Guilherme Botelho, Cie Gilles Jobin, Cie Greffe / Cindy Van Acker, Cie La Ribot, Cie 7273 / Laurence Yadi & Nicolas Cantillon, Neopost Ahrrrt / Foofwa d’Imobilité, a ressenti le déclic quand deux institutions phares vaudoises ont fait état de leurs succès à l’exportation pour obtenir des soutiens financiers hors des budgets culturels proprement dits.

L’exemple de Lausanne

En novembre 2011, le Théâtre Vidy-Lausanne et le Béjart Ballet Lausanne annonçaient ensemble leur mise en péril face à la baisse de l’euro et à la récession générale dans les pays acheteurs. «Notre combat est le même que celui des économies privées désormais  soutenues par les pouvoirs publics» affirmait alors dans le quotidien 24 Heures, René Gonzalez (qui s’est éteint en avril dernier), le directeur du Théâtre de Vidy.
En annonçant dans la presse leurs chiffres de diffusion et de création, le nombre d’emplois générés et leurs subventions, ces deux  institutions exportatrices obtenaient quelques mois plus tard, chacune un million, une aide d’urgence extraordinaire équivalente à environ 10% du montant de leur subvention! Les autorités municipales et cantonales vinrent à la rescousse dans le cas du Théâtre de Vidy (budget : 22 millions) pendant que La Ville de Lausanne et des fondations privées faisaient de même pour le BBL. «Dans les deux cas, pas un centime n’a été prélevé sur nos budgets culturels», déclaraient alors Grégoire Junod et Anne-Catherine Lyon, respectivement ministres de la Culture de la Ville de Lausanne et du canton de Vaud.

Le Fonds d’équipement touristique à l’aide de la culture vaudoise

Pour aider Vidy et le BBL – deux phares de la culture lausannoise – la ville de Lausanne a pour sa part sollicité le Fonds d’équipement touristique de la région de Lausanne (FERL). Ce Fonds, alimenté par la taxe de séjour, a accordé 200’000 francs au Théâtre et 300’000 francs au Ballet, en raison de leur renommée à l’étranger. Lausanne a en outre prélevé 250’000 des 300’000 francs du fonds de réserve de Vidy provisionné pour couvrir les risques de tournée. Chaque année, la ville met 100’000 francs pour alimenter ce fonds. Pour boucler une année 2011 difficile, le Béjart Ballet Lausanne a enfin reçu 600’000 francs de mécènes privés. Ils proviennent de la Fondation Maurice Béjart.

"Nixe" création de la Cie Greffe de Cindy Van Acker

« Nixe » création de la Cie Greffe de Cindy Van Acker

La culture s’exporte

Une étude publiée par le prof. Jean-Yves Pidoux, de l’Institut de sociologie des communications de masse de l’Université de Lausanne, dans le cadre du Fonds national suisse de la recherche scientifique (PNR 42), intitulée «La politique extérieure dans le domaine culturel: études et évaluation de l’action conduite par les villes» (1999), révèle que Lausanne est la ville à avoir exporté le plus de spectacles à l’étranger entre 1990 et 1995, en comparaison avec Bâle, Berne, Genève et Zürich. Le Théâtre Vidy-Lausanne est de loin l’institution culturelle la plus active sur ce plan.

En 1980, seul 0,64 % des événements culturels suisses connaissaient une carrière à l’étranger. En 1990, ce chiffre passe à 7,68 % et en 1995, dernière année citée dans le rapport, à 10,48 %.

Taux d’exportation par institution par année en % :

  1. Théâtre de Vidy 27
  2. Béjart Ballet Lausanne 11,3
  3. Grand Théâtre de Genève 10,1
  4. Offentl. Kunstsammlung 8,5
  5. Comédie de Genève 8,4
  6. Theater Basel 6,8

Taux d’exportation par ville par année :

  1. Lausanne 41,7
  2. Genève 26,3
  3. Bâle 18,6
  4. Zurich 13,7
  5. Berne 5,3

Source: La politique extérieure dans le monde culturel, Etude et évaluation de l’action conduite par les villes, Jean-Yves Pidoux, Oliver Guy, Olivier Moeschler, PNR42, Institut de sociologie des communications de masse, Lausanne. 2000.

 

 "Walk the Chair". La Ribot. Photo Simon Quentin

Installation – Walk the Chair, création de La Ribot à la Hayward Gallery de Londres (2010-2011)

La reconnaissance de l’importance de l’économie créative s’impose progressivement

Dans une motion déposée en décembre 2008, pour un « Soutien à  la culture dans le contexte de la crise économique qui s’annonce » Luc Recordon, conseiller aux Etats vaudois, notait, devant l’Assemblée fédérale, »En termes d’emplois, si vous tenez compte des acteurs de la culture, non seulement des artistes proprement dits mais également de tous ceux qui concourent à  faire marcher le secteur culturel sur le plan technique et administratif, il semble que l’on doive compter une centaine de milliers d’emplois. Ces chiffres qui ont été publiés semblent reconnus. C’est donc un secteur qui représente en termes d’emplois à  peu près autant que le secteur financier ».  (Lire Genèveactive: « Comment la culture dope le développement économique et social » (avec la vidéo de l’intervention de Luc Recordon).

Le RG3C a été créé en décembre 2011 par les six compagnies de danse contemporaine indépendantes genevoises au bénéfice d’une convention triennale avec la Ville de Genève, la République et Canton de Genève et Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture, dans le but de mettre en commun leurs expériences et leur expertise en tant que producteurs de danse contemporaine indépendants conventionnés; valoriser leur rayonnement artistique et économique sur le plan local et international; participer à la politique de la danse en Suisse.
Suite: les chifres et l’interview de Gilles Jobin – 31 mai 2012

Jacques Magnol

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