Réalités fictionnalisées d’Amérique latine

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« Hotel Nueva Isla », Irene Gutiérrez, Espagne – Cuba, 2014.

De la Colombie à Cuba, le fond documentaire se rehausse de fiction pour faire varier non la réalité mais bien la relation que nous entretenons avec elle. L’expérience théâtrale collective avec Mateo et l’expérimentation esthétique au détour d’Hotel Nueva Isla apparaissent comme autant d’actes d’insubordination à l’imposition de normes univoques.

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« Mateo », Maria Gomboa, Colombie, 2014.

Réalisation fictionnelle basée sur des faits réels, Mateo permet à la cinéaste Maria Gomboa, 41 ans, de digérer certaines contraintes scénaristiques tire-larmes, empathiques et compassionnelles et autres poncifs hollywoodiens. Soit, la culture en actes et corps comme éveil à la créativité et à la révélation ou le rachat de soi par l’inscription dans une communauté en lutte contre oppressions et injustices, pour faire œuvre personnelle.

Initiation et rédemption

La cinéaste s’approprie ainsi un récit d’initiation quelconque et le porte vers quelques hauteurs inespérées. En substance : la créativité et le libre arbitre peuvent-ils s’affirmer au cœur de la misère et d’un système d’exploitation lié à toute une communauté et à la famille ? Question qui entraîne, scénaristiquement parlant, son lot d’embûches scolaires, de contradictions sociales, humaines, intimes, de crises de loyauté. Sans oublier la présence d’un Socrate éveilleur des consciences sous les traits d’un prêtre et professeur de théâtre. Les choses les plus simples y sont filmées avec une sorte d’indéfectible croyance en la beauté, qu’il s’agisse d’une répétition théâtrale ou d’un visage adolescent.

Là où d’autres se seraient noyés dans une version gangsta-ado du surestimé Cercle des poètes disparus, Maria Gomboa cultive une sensibilité poétique de tous les instants, loin du ronron lacrymal suggéré par l’histoire. La première partie du film est à ce titre intéressante, toute en conflits larvés, non-dits. violence et lyrisme contenu. La réalisatrice n’est jamais aussi à l’aise que dans l’attente de l’action à proprement parler, profitant de cet espace comme vidé d’enjeux dramaturgiques, pour capter de son regard attentionné et chaleureux l’environnement de Mateo. Ainsi l’épisode qui voit les jeunes pousses partager des poèmes à fort contenu érotique sur des wagons défoncés est aussi le prétexte pour Mateo à dénoncer un des membres de cette « confrérie poétique » au mafioso local en raison d’un simple joint, dont le trafic semble échapper à son contrôle.

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« Mateo », Maria Gomboa, Colombie, 2014.

A 16 ans, Mateo, apprenti criminel incarné par un comédien non professionnel d’une étonnante finesse néo-classique, est à l’image de nombre d’adolescents : individualiste et intrigué voire fasciné par le groupe, péremptoire et sujet au doute. Ce champion du paradoxe prend la pente facile de l’extorsion en bande organisée de petits commerçants pour le compte de son oncle, le parrain de la pègre locale. Indifférent à l’autorité maternelle, objet de nombreuses plaintes et avertissements dans le cadre scolaire, Mateo infiltre une juvénile troupe de théâtre en service commandé pour le mafioso du cru, cherchant non sans réticence à lui prouver une loyauté, dont il rechigne à payer le prix.

Empli de préjugés envers ce monde théâtral et chorégraphique, créatif et indépendant qu’il croit peuplé de fillettes et d’homosexuels, le jeune homme s’ouvre de manière ambigüe à l’opportunité de prendre un nouveau départ plus conforme à l’éthique et à l’intérêt d’une communauté. Toutefois qui dit choit implique renoncement. Or Mateo refuse longtemps de choisir. Restant longtemps dans une position d’indécision, d’attente. Des événements extérieurs, dont l’exécution hors champ d’un camarade de football qui a volé le parrain local et la menace faite par la maffia sur un des es camarades de théâtre qui doit prendre la fuite le forceront à sortir de cette impossibilité à choisir pour donner sens et valeur à son existence. « Il ne correspond pas entièrement à un personnage réel, souligne la cinéaste. J’ai néanmoins connu un adolescent qui faisait partie d’un groupe de délinquant set a intégré une troupe théâtrale. La possibilité de la rédemption m’intéressait à l’époque. D’où le souhait d’imaginer un protagoniste qui avait la possibilité de se rédimer. »

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