Que son règne de l’étrange vienne…

Convention de marionnettistes

Créé en 2015, The Ventriloquists Convention voit sur scène neuf marionnettistes-ventriloques qui échangent leurs expériences, rendent audible ce qui est tu habituellement. S’inspirant du plus grand rassemblement de ventriloques du monde qui se déroule chaque année dans le Kentucky, la pièce se déploie comme une partition à plusieurs voix. Il y a celle des manipulateurs, celle des marionnettes, et une troisième voix, celle d’une ventriloquie sans support pour une polyphonie voulue inédite.

Dans geste artistique qui n’est pas sans rapport avec celui du collectif Rimini Protokoll de Stefan Kaegi, Helgard Haug et Daniel Wetzel qui joue de glissements, d’engrenages et de superpositions entre réalité documentaire, fiction et autofiction, on ne sait pas où débute la convention théâtrale et où s’achève la réalité. Il s’agit cette fois d’une refiguration imaginaire de cette convention de ventriloques.

Gisèle Vienne et Dennis Cooper tissent un livret sur la base de sources documentaires, fictionnelles et d’un travail réalisé en complicité avec les marionnettistes, source d’inspiration principale de cette pièce. Elle interroge ce qui motive chacun de ces ventriloques et les anime de manière intime. Interprétée par neuf marionnettistes-ventriloques (qui réalisent sur le vif vingt-sept voix), la pièce repose sur plusieurs couches de dialogues exprimées à voix haute. Fidèle par instants à l’intuition de l’écrivain et poète français Jean Genet dans Un Captif amoureux, (ce que l’oreille voit doit être dissocié de ce que l’œil entend), ces portraits permettent à Gisèle Vienne de creuser plus avant son travail sur les rapports polysémiques du corps à la voix, « à travers différents jeux d’incarnation et de dissociation ». The Ventriloquists Convention riche des présences des meilleurs marionnettistes d’Europe et notamment du Puppentheater Halle, interroge de manière singulière le genre humain, marionnettique ou hybride entre l’animé et l’inanimé.

 

Bertrand Tappolet

Gisèle Vienne: This how you will disappear, Brando, 40 portraits, 2003-2008, The Ventriloquists Convention. La Bâtie Festival de Genève, du 28 août au 12 septembre. www.batie.ch

Lire également : Promenons nous dans les bois de l’inconscient. Entretien avec Gisèle Vienne.

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Publié dans danse
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