Que son règne de l’étrange vienne…

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« The Pyre » de Gisèle Vienne. Photos Herve Veronese Centre Pompidou. Sur la photo Anja Röttgerkamp.

Les pièces et créations de Gisèle Vienne sont traversées d’une violence sourde jouant sur le suggéré et l’indicible. A l’orée de la quarantaine, cette artiste plasticienne, chorégraphe et metteure en scène qui a fait des études de philosophie et de musique, et s’est formée à l’Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette, mêle réel et imaginaire, fantasmes et incertaines scènes de crimes.

Elle traverse les médiums pour créer des univers aussi fascinants que déroutants. Ses mises en scène sont tantôt savantes, picturales ou mêlent différents niveaux et temps de lecture en s’articulant intimement avec les textes de l’écrivain américain Dennis Cooper pour « exprimer sur scène des sentiments inavouables » en privilégiant des interprètes d’une froide intensité souvent mêlés à des poupées enfants ou adolescentes grandeur nature. Les créations de Gisèle Vienne sont le résultat de collaborations fidèles avec des interprètes (Jonathan Capdevielle, notamment, issu également de l’école de Charleville et présent dans toutes ses pièces), des auteurs (Catherine Robbe-Grillet ou Dennis Cooper, auteur et critique d’art devenu depuis son dramaturge), un éclairagiste (Patrick Riou) et des musiciens expérimentaux (Stephen O’Malley, Peter Rehberg).

Au corps de la forêt des contes cruels

D’un espace hyperréaliste, This how you will disappear transite progressivement vers un univers mental fantasmatique. La pièce part d’une forêt archétypale, comme surgie d’un diorama à l’échelle 1 :1, et hantée par un rapace nocturne ainsi que d’une trinité de personnages, dont on croit suivre l’expérience intérieure. Suivant la brume générée in vivo, la partition lumière et le bain sonore, on passe de l’harmonie élégiaque chère à la peinture romantique allemande à une atmosphère empreinte de périls telluriques croisée dans les parages des contes gothiques.

Les trois personnages de la pièce ont donc valeur d’archétypes : l’entraîneur incarne l’autorité, garante de l’ordre, mais il est travaillé par le chaos, la violence et le meurtre. Une jeune athlète figure la beauté liée à la perfection sans que celle-ci ne soit épargnée par la chute, la sensualité, l’érotisme et la mort. La juvénile rockstar, elle, lie dans le sillage de la peinture du 18e s. oscillant entre sublime, terreur et ruine, la beauté liée à la ruine. Ces deux icônes post-adolescentes passent des idéaux esthétiques situés comme autant de pôles opposés au sein de la culture contemporaine.

A l’image de ce qui se déroule dans Solaris réalisé par Tarkovski, les personnages masculins semblent errer au plus profond d’une vie qui est, à leurs yeux, incompréhensible. Ils exécutent des déplacements avec une lenteur ciselée, comme s’ils étaient aveugles et inconscients des causes qui les animent. Incarnée par Jonathan Capdevielle (acteur et ventriloque fétiche de cette artiste transdisciplinaire), la figure de l’entraineur n’est pas sans évoquer le personnage principal de Solaris, Kris. La lenteur de ses mouvements au début du film, sa solitude au milieu de la nature et le silence qui règne, témoignent de sa grande concentration le voit s’imprégner des éléments de la nature. L’ensemble n’est pas sans évoquer par instants l’atmosphère désolée de Last Days dû à Gust Van Sant, et son personnage emblématique, Blake, pris dans une errance fantomatique, et ponctuée de gestes inconscients dans un quotidien qu’il hante.

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« Eternelle Idole » Gisèle Vienne. Photo Marc Coudrais.

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