Paroles d’indignés madrilènes. Vers un renouveau démocratique et participatif

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Toutes les photos : « Vers Madrid – The Burning Bright », film de Sylvain George. 2014.

Après son documentaire sur les migrants à Calais (Qu’ils reposent en révolte), Sylvain George tente un état des lieux poétique et politique du Mouvement des Indignés madrilènes du 15 mai 2011 (15M). Un théâtre de la parole vive, insurgée, libérée témoignant d’une démocratie directe et délibérative.

Dans son œuvre, le réalisateur Sylvain George interroge principalement deux axes de travail : les politiques migratoires et les mobilisations sociales en Europe. Vers Madrid. The Burning Bright est un regard documentaire et poétique sur le mouvement des Indignés qui avait enflammé l’Espagne en mai 2011 tout en croisant le parcours d’un clandestin tunisien.

Le film débute par les paroles exaltées d’un cinquantenaire moustachu sur la place madrilène Puerta del Sol. «Avant nous étions des milliers. Aujourd’hui, à cause de la violence, nous sommes des millions !». Si ces propos évoquent alors l’extension du 15M à des grandes cités comme Barcelone, ils sont sans doute annonciateurs du raz-de-marée annoncé dans les sondages des chantres indignés de la «démocratie réelle et participative» lors des prochaines échéances électorales espagnoles en novembre 2015.

Nous pouvons

Ainsi Podemos (Nous pouvons) est issu de ces mouvements sociaux, en phase avec les préoccupations populaires (emploi, logement, dignité, représentativité). Ce parti à la fulgurante ascension est en cours d’organisation sur la base d’assemblées citoyennes. Il est aujourd’hui crédité de 27,7% des intentions de vote, devant les socialistes (PSOE) et les conservateurs (Parti Populaire) pour les élections législatives de 2015. Mené par le charismatique Pablo Iglesias, Professeur d’Economie de 35 ans, qui a fait ses classes aux Jeunesses communistes, Podemos a raflé 8 % des voix aux dernières élections européennes et cinq de ses députés siègent à Bruxelles. Du jamais vu dans l’histoire de la «démocratie représentative» ibérique dont Podemos dénonce les dysfonctionnements et le fait que l’immense majorité de la population ne s’y sent plus représentée encore moins écoutée. Beaucoup se reconnaissent ainsi dans les indignations du 15-M, car elles sont l’écho des angoisses de déclassement et de déliaison sociale d’un grand nombre de citoyen-es.

Le Printemps espagnol désormais en voie de pérennisation électorale fera-t-il écho ailleurs en Europe où le discrédit pesant sur les partis traditionnels semble toujours plus profond ? Quoi qu’il en soit, il semble nécessaire de souligner comme le montre Vers Madrid que le 15-M n’est ni un parti politique, ni une organisation de quelque type que ce soit, mais un mouvement social visant principalement à l’amplification des pratiques altermondialistes de démocratie délibérative. Il se situe notamment dans le sillage de Printemps arabes (Tunisie, Egypte, Iran, Syrie) qui ne seraient pas encore devenus des automnes pour les droits humains et citoyens.

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