« Ohé travailleurs sociaux, éducateurs, politiciens, architectes, urbanistes, réveillez-vous ! »

la corne de rhino

La corne symbole du squat Rhino. Photo : Rhino.

Léon Meynet qui fut actif dans le mouvement squat durant les années 1970-80 s’est engagé dans la défense de la liberté d’expression et des choix de vie différents, ce qui l’a amené à  se mobiliser aux côtés des squatters. Il s’inquiète des évacuations successives et rappelle les dangers, pour Genève, d’étouffer cette effervescence culturelle. Entretien.

Léon Meynet appelle à  construire enfin les espaces de vie et de création nécessaires à  des hommes et des femmes qui, toutes origines confondues, ont choisi de vivre autre chose, autrement. « Une société qui n’a plus d’espaces dédiés à  la contre-culture est une société morte, qui n’a plus rien à  dire hormis des expressions conventionnelles et la situation actuelle constitue une régression aux effets négatifs tant pour les habitants que pour la ville. Au contraire de son prédécesseur, le procureur général fait un choix de société qui va à  l’encontre des intérêts de la société. Malheureusement, à  l’occasion des récentes évacuations le débat n’a pas eu lieu, les réactions ont été confinées sur le site internet d’un quotidien qui a usé des clichés « squatters-voleurs de loyers », criminalisation des marginaux, etc. Un vrai débat devrait être lancé avec l’appui des médias. Genève a besoin d’une mixité sociale, une mixité qui ne serait pas limitée au territoire des bains des Pâquis. »

Entretien avec Léon Meynet, par Marion Petrocchi. 44:53.

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Réaction de Léon Meynet à  la disparition de Rhino :

Pas de quoi être fiers !

Non vraiment pas de quoi ! En 2001, un autre haut lieu de la culture et de l’habitat alternatif, le Goulet 13, était évacué manu militari à  Chêne-Bourg. Et, déjà  à  cette époque, le noyau de ses habitants avait largement fait part dans les médias, au cours de deux campements sauvages sur la place Louis-Favre puis au Parc des Cropettes, de leurs attentes en matière d’espace de vie, d’ateliers créatifs et de lieux collectifs d’expression polyvalente. Toute une vie s’était organisée autour de cet objectif avec des réalisations et l’émergence d’artistes et de créateurs qui sont venus enrichir la scène culturelle genevoise à  l’instar de leurs aînés du Garage, du Bistro’K et de la Cave 12.

6 ans plus tard au mépris des règles associatives et des lois, rebelote, le procureur général, en son seul nom, sacrifie Rhino sur l’autel du libéralisme. Il est vrai que ce Monsieur, qui avait déjà  tout essayé pour se débarrasser de ce groupe d’habitants exemplaire dans sa lutte, son engagement et son mode de vie, n’avait pas d’autre recours que la force pour arriver à  ses fins. Et, curieusement, cette force a été utilisée en toute illégalité et au mépris des règles élémentaires de la démocratie car elle était conduite par un homme qui confondait justice et règlement de compte.

Dans ce cas comme dans l’autre, l’autorité judiciaire, avec la duplicité gouvernementale, n’a rien compris et n’a eu d’autre recours que d’exercer son pouvoir, comme aux pires moments de l’histoire, par la force : force contre d’autres choix de vie, d’autres modes de pensée, force arbitraire, force liberticide.

Mais comment donc en sommes-nous arrivés là  ? Est-ce le martèlement des réactionnaires de tout acabit qui contaminent l’opinion au point de déteindre sur les actes de nos autorités ? Ou est-ce la résonance du discours autoritaire pur et dur d’un certain Président de France voisine ?

Mais qu’importe ! Car une chose est sûre, cette façon de procéder n’est pas la meilleure manière de donner envie aux jeunes générations de s’intéresser à  la chose publique. Ohé travailleurs sociaux, éducateurs, politiciens, architectes, urbanistes réveillez-vous ! De vraies demandes, de vrais projets de société, sur le modèle de Berlin, sont formulés par une base mécontente du train-train quotidien, du tout à  la consommation, des modes de logement qui lui sont offerts. Réfléchissez, imaginez, agissez, construisez enfin ces espaces de vie et de création nécessaires à  des hommes et des femmes qui, toutes origines confondues, ont choisi de vivre autre chose, autrement.

Léon Meynet

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