Miroslav Marsalek transforme le néant en chose sublime

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Miroslav Marsalek. « Surtout pas d’originalité ». Enveloppé de papier journal pour survivre la nuit dans la rue en hiver. 

Que fait Andrea Bellini, le directeur du Centre d’art contemporain de Genève, quand il traverse la plaine de Plainpalais et aperçoit un artiste devant son chevalet ? Et bien, si le travail lui semble intéressant, il prend contact et la rencontre peut donner lieu à une exposition telle celle de Miroslav Marsalek au dernier étage du Centre.
Ainsi se font les découvertes, hors des sentiers battus et rebattus aussi traditionnels que balisés – concours, prix, commissions, etc. Un responsable de centre d’art qui se fie à son seul flair, c’est rare.

La vie de Miroslav Marsalek – Mirek – est atypique, alternative au sens littéral du terme, mais son parcours, aussi étonnant soit-il, ne peut focaliser l’attention au détriment d’un mode d’expression dont il a acquis les bases en étudiant le graphisme lors de ses années de jeunesse dans l’ancienne Tchécoslovaquie. La suite le verra exposer dans les « chiottes » de Genève – Chantepoulet, Saint-Gervais, Molard, Longemalle, Bourg-de-Four –, puis vivre à Artamis avant la « consécration » actuelle au Centre d’art.
Émouvants dans leur simplicité, ses dessins le sont aussi par les thèmes extraits d’un quotidien commun partagé dans les lieux publics, car c’est dans les cafés, les bus, la rue, qu’il absorbe et interprète nos attitudes dans un style qu’Andrea Bellini rapproche de celui des peintres de la Renaissance. Mirek ne s’embarrasse pas de la couleur, il noircit des carnets de croquis très libres, aux effets souvent dramatiques telles ces études de personnages enveloppés de papier journal pour survivre quand ils passent la nuit dans la rue en hiver.

 

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Depuis des années, Miroslav Marsalek a pris l’habitude d’exécuter deux mouvements simultanés qui n’entretiennent aucun rapport entre eux, ainsi, lors d’une performance au Centre d’art contemporain, à l’occasion du vernissage, il brosse les chaussures d’un visiteur tout en exécutant son portrait.

 

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« Comme une sorte de Léonard de Vinci postmoderne et des rues, Miroslav utilise le dessin comme un instrument de connaissance empirique, prolongeant de cette façon une tradition qui est née bien des siècles auparavant et que peu d’artiste aujourd’hui sont capables de pratiquer. »

« Le dessin comme défi, comme problème technique, comme lieu de l’aventure et enfin – aspect omniprésent dans l’oeuvre de Mirek – comme geste inutile et éphémère. L’aspect que je définirais “de raffinement corrosif” de l’artiste de Prague, doit être recherché justement dans sa capacité à transformer le sublime en chose négligeable, ou bien le néant en une chose sublime. Page après page, entre des considérations sur les hamburgers, Duchamp, les vitrines des magasins, les vampires, les vaches ou encore sur la transparence des oeufs, il cite – entre autres – Hegel, Marx, Wittgenstein, Kant et Diogène, comme s’il entretenait avec eux une conversation intérieure et continue. »
Extraits du texte « Quelques notes autour de l’œuvre de Miroslav Marsalek » d’Andrea Bellini

 

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Ce qui compte, toutefois, n’est point la suite d’anecdotes ou d’événements de sa vie, prise entre errance et stabilité précaire, mais bien l’inscription presque ininterrompue de sa vie dans la ville au moyen d’une suite de notations iconiques et verbales. Mirek a été, à Genève – ou mieux, pour Genève – une sorte de sismographe vivant, à savoir un instrument humain de haute précision, à même de transposer les petits et les grands mouvements urbains sur le papier. Cette activité, à la limite de l’obsession, l’apparente à des figures comme Baudelaire, le poète solitaire de la modernité, le marginal qui sut, à son époque, comprendre le rythme et les flux urbains mieux que quiconque. Ou bien à Ludwig Hohl, le mythique écrivain d’origine suisse- allemande qui passa la fin de sa vie dans un sous-sol du quartier de La Jonction, Mirek partage avec Hohl – qui aimait à exposer ses textes brefs sur un fil d’étendage, en soulignant par là le processus infini de l’acte de création –, le sens d’une continuité discontinue, de l’unité toujours fragile d’une oeuvre en devenir. »
Extrait du texte « La philosophie dans le bistrot » par Michael Jakob.

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Miroslav Marsalek – Surtout pas d’originalité

Centre d’art contemporain. Genève.
Exposition du 25.09 au 08.11.2015. Entrée libre.

Ouvrage dédié au travail de Miroslav Marsalek : textes par Andrea Bellini, Michael Jakob, James Brett. Ed. Centre d’art contemporain, 2015, 178 pages.

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