« Libido Sciendi » : Une forme de relation sexuelle sous-cutanée

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« Libido Sciendi », de Pascal Rambert, photo Vincent Thomasset.

Comment montrer sur la scène ce qui ne se montre pas ? Avec Libido Sciendi, pièce présentée au Grütli jusqu’au 19 mai, Pascal Rambert a voulu montrer un acte sexuel :  « Une érection c’est déjà  de la danse ». Entretien avec Pascal Rambert.

Deux danseurs, Ikue Nakagawa et Lorenzo de Angelis, pénètrent sur la scène, se dévêtent de leur jean et tee-shirt et commencent par se fondre dans un baiser. Cette ouverture est le prélude d’un accouplement chorégraphique, qui met en relation toutes les parties du corps entre elles. Deux corps nus sous la lumière, sans aucun accompagnement musical, sinon les respirations et le dialogue sonore des peaux.

Pascal Rambert parle de l’élaboration de Libido Sciendi au micro de Jacques Magnol

« Je veux savoir » indique Pascal Rambert et plusieurs traductions sont possibles du titre latin Libido Sciendi: « j’apprends par le sexe’, ou « je suis enseigné par la sexualité’. »Généralement, dans la danse il n’y a pas de rapport entre les zones érogènes; j’avais envie de proposer que le corps tout entier soit une surface érotique et érogène. L’art du théâtre n’est qu’une activation perpétuelle du désir » (13 min 30) :

Montrer l’acte sexuel est un acte de transgression car nous avons toujours un rapport coupable avec le corps et la chair, mais Pascal Rambert pense également effectuer un acte religieux (6 min 40) :

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La perception du corps et l’érotisme dans la danse et le théâtre japonais (13 min 40):

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Entretien, le 11 mai 2010.

Jacques Magnol

« Violence suprême de l’art qui entame la condition humaine à  l’endroit de son plus profond secret, Libido Sciendi, conçu et dirigé par Pascal Rambert, est un traité littéral sur le désir érotique, une pure écriture du corps au service de la danse seule. Le rapport sensuel extrême au corps de l’autre surgit la figure d’un corps intérieur frémissant de désir, dévorant, absolu. Au lieu d’un rapport uniquement sexuel, l’entièreté du corps. La pornographie n’intéresse pas Pascal Rambert, qui la juge dépourvue d’imaginaire. Il veut montrer le rapport érotique à  la vie. «J’ai l’impression de faire un spectacle religieux, cela m’intrigue.»

Libido Sciendi signifie à  la fois « j’apprends par le sexe » et « je suis enseigné par la sexualité ». Le spectacle est moins l’occasion de voir que celle d’apprendre. Parce que la connaissance de l’autre se fait par le rapport au corps, la scène devient le lieu du «désir physique», soit une définition possible de la danse. Pascal Rambert touche au coeur paradoxal de l’art en se saisissant de la danse à  un endroit que l’art chorégraphique évince systématiquement: l’acte sexuel lui-même. Plus de métaphores ni de tropes, il n’y a d’amour que du réel. Un pas de deux est un pas vers l’autre, sans transition entre les corps.

Sans fil narratif, cette variation picturale du corps enamouré produit une succession de tableaux vivants. Fusion des peaux et de toutes les parties du corps dans la lenteur, la douceur, la tendresse, la frénésie, dont se dégage une plénitude esthétique et sensible qui laisse loin derrière elle les catalogues d’exercices sexuels. Parce que la création ne supporte aucune censure, parce que cette performance d’art vivant ne cherche aucunement à  provoquer mais au contraire à  susciter une émotion authentique, le spectacle est déconseillé aux moins de dix-huit ans. » Théâtre de Gennevilliers.

Libido Sciendi
Conception Pascal Rambert
Avec Ikue Nakagawa et Lorenzo de Angelis
Théâtre du Grütli, Genève. 19 au 22 mai 2010, 22h30.
Voir également de Pascal Rambert à  l’ADC : Knocking on Heaven’s door – du 19 au 29 mai.

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