Les damnés de la terre au climat déréglé

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« Sfumato ». Rachid Ouramdane Photos : Jacques Hoepffner

Disparition et exil

Pourquoi les guides touristiques ne concilient-ils pas une parole sur l’étrange beauté convulsive, létale des lieux les plus dévastés au monde, comme y invite à sa manière Sfumato ou l’impressionnant travail d’installation vidéo de la Zurichoise Ursula Biemann, « Deep Weather« , qui rattache l’exploitation éhontée des ressources fossiles et aquatiques aux conséquences délétères de telles pratiques sur la vie de groupes humains établis dans des zones reculées du monde ? Traduites ou non par des marches tamisant l’espace de « Sfumato« , les migrations climatiques recouvrent un grand nombre de situations différentes et complexes. Les populations fuient des événements climatiques extrêmes et soudains (ouragans, tempêtes, inondations) ou des dégradations progressives et lentes des écosystèmes (sécheresse, montée des eaux).

De nombreux termes sont utilisés pour les qualifier : réfugiés environnementaux, éco-réfugiés, personnes déplacées en raison d’une catastrophe naturelle. La question de leur protection apparaît de plus en plus fréquemment dans les rapports de l’ONU, les travaux des experts, des chercheurs ou des ONG. Mais c’est sans doute la première fois qu’ils sont, de manière décalée, transposés au sein d’une chorégraphie mêlant danseurs, musiciens et artiste circassien. Le chorégraphe interroge aussi la disparition, l’exil forcé et la séparation : « J’ai repensé à ce voyage au Vietnam que j’avais fait il y a quelques années pour Loin…. A ce village nommé Lai-Châu, en passe d’être enseveli par les eaux. J’ai repensé à ces habitants qui, quand on leur parlait de Lai-Châu, demandaient « lequel des deux? », parce qu’une copie conforme du village était en train d’être construite ailleurs pour reloger les gens. Alors, j’ai pensé à ce que ça signifiait de voir disparaître les choses, disparaître les gens, de partir et d’être séparé d’un amour. »

Sfumato se délie non sans une ironie parfois proche de l’absurde chez un chorégraphe toujours sensible à l’historicité de la danse. Ainsi ce ballet solitaire tramé moins de claquettes endiablées que d’un « tap dance » mortifère faits de mouvements qui se troublent progressivement. Et poursuivi sur une rive sonore de terre déployée en proscenium boisé. Ce, au rythme du légendaire « Singin’ in the Rain » de Gene Kelly entonné a capella par un danseur, hébété, comme en bout de course, enchaînant les glissandos en lisière d’abîme.

Bertrand Tappolet

Sfumato. Théâtre Forumeyrin, 8 et 9 avril 2014. Rens.: www.forumeyrin.ch

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Publié dans danse, scènes
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