Le Théâtre de l’Usine toujours aussi pluridisciplinaire avec sa nouvelle programmatrice

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Laurence Wagner, nouvelle programmatrice au Théâtre de l’Usine. ©Yi-hua Wu. GenèveActive.
Fête d’ouverture de saison le 12 septembre 2014, de 18h à 02h.

La renommée du Théâtre de l’Usine, la plus petite des institutions genevoises dédiées aux arts de la scène, est sans commune mesure avec sa taille, elle le doit à son soutien affirmé depuis des années à la création pluridisciplinaire. Cette orientation n’est pas le moindre élément du succès obtenu grâce à l’engagement de programmateurs passés comme par exemple Gilles Jobin, Yann Marussich ou, dernièrement, Myriam Kridi qui vient de céder la place à Laurence Wagner, après six ans lors desquels elle a particulièrement développé la visibilité de la danse contemporaine et de la création pluridisciplinaire.

Laurence Wagner qui arrive de Zurich et du Programme d’échange au niveau européen de Pro Helvetia, a travaillé auparavant dans la médiation culturelle pour un FRAC (Fonds régional d’art contemporain) à Paris, effectué un passage au Swiss Institute de New York, et suivi des études de lettres à l’Université de Lausanne. La programmatrice du TU, Théâtre de l’Usine, a aussi mené des recherches sur la performance latino-américaine sous la dictature de Pinochet, lors d’une résidence au Chili, pays dont elle a aussi la nationalité par sa mère. Cette connaissance de la scène latino-américaine influencera la programmation des années à venir. A l’aise dans au moins cinq langues, elle est équipée pour les contacts, et sa jeunesse, juste 30 ans, est un atout pour comprendre et partager les problématiques de la culture émergente dont elle se sent proche.

Entretien

A votre arrivée à Genève, comment percevez-vous la carte de la création genevoise

« Diverse, constituée d’une part de valeurs sûres comme La Ribot, Gilles Jobin, Yann Duyvendak, et une relève qui a du mal car il n’y a pas d’école de théâtre, hors le Conservatoire ou l’École Serge Martin. La principale école est la Manufacture à Lausanne, école qui a beaucoup de moyens ce qui crée une grande différence. A Genève, on voit beaucoup ceux qui sont soutenus mais, après, ceux qui ont des parcours plus hybrides et sont moins des prototypes d’école, comme Art action, les  étudiants de la HEAD, en art, en lettres, et ceux qui ont un intérêt pour la scène et viennent à cette pratique de façon moins frontale, ceux là ont moins de visibilité. Il y a ici trop peu de place pour  l’expérimentation qui se fait plutôt dans le off-space, les petits espaces d’art, les petites galeries, de façon quasi clandestine, pour un public plus restreint de créateurs. Je souhaite valoriser ces pratiques. En sortant des écoles, les alumni se retrouvent souvent parachutés dans une scène où il est difficile de se faire une place si on n’a pas suivi la voie royale. »

Comment avez-vous abordé la programmation de la saison 2014-15 ?

« Le pré-programme présenté lors de ma candidature était pas mal imbibé de créateurs, de gens provenant du milieu des arts visuels, dans un théâtre comme celui de l’Usine c’était donc aussi l’occasion de donner la possibilité à des gens qui veulent s’approprier la scène d’un lieu aussi connoté qu’un black-box de théâtre pour donner forme à quelque chose, concrétiser une recherche. L’idée est d’aller vers davantage de flexibilité entre les disciplines.

Mon parcours est atypique pour un poste de programmation, je ne viens pas du théâtre pur et dur,  ni de la mise en scène, c’est un parcours bigarré dans la création contemporaine  et une curiosité pour les différents modes de création lors duquel j’ai  organisé des concerts de musique expérimentale orientés vers le performatif, j‘éprouve aussi un grand intérêt pour  le cinéma, l’histoire de l’art, les lettres la philosophie. Je suis passée par le programme Master de recherche CCC à la HEAD, il y a donc l’idée de curating dans cette programmation, une idée qui m’a amenée à donner une carte blanche à deux curateurs dans le but de questionner l’institution et notamment les formes de production et de validation de création, et de créer de nouvelles situations.»

Comment ces idées sont-elles mises en pratique dans la programmation de cette saison ?

« Par exemple le premier projet, MALStRØM 68 N, d’Aurélien Gamboni, qui ouvre la saison, et qui la ferme car c’est un projet en deux parties, est le fruit d’une collaboration entre cet artiste qui vient des arts visuels et l’anthropologue Sandrine Teixido; les deux se sont rencontrés au Master de Bruno Latour qui prône les rencontres entre chercheurs et artistes avec une forte dimension politique. Ils utilisent la littérature, des œuvres de référence de l’histoire de l’art de la littérature pour mener des projets de recherche qu’ils réactivent dans un contexte contemporain.

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Malstrom. partie 1. carte 1539. Olaus Magnus.

Dans la programmation en général, le sentiment de révolte lié à la naissance des contre-cultures est assez présent dans toute la saison avec des projets comme Last Plays de Lucie Eidenbenz, I Create my life, I create the exact amount of my financial freedom. J’ai bien joui, ou Quoique je fasse je proteste, qui sont des projets porteurs d’un discours de résistance qui n’est pas nécessairement frontal. Ce discours puise dans l’histoire du mouvement rock, punk, le mouvement straight-edge, notamment dans I Create my life, I create the exact amount of my financial freedom, imbibés de guitare, de sons, de musique. J’ai bien joui évoque particulièrement notre façon de vivre et de consommer.

En fin de saison ce sont des projets plus dirigés vers l’espace public, l’itinérance, pour justement sortir du black-box, ce sont les projets comme Walking de Grégory Stauffer, L’Absence de gouvernail de Dorothée Thébert et et Filippo Filliger qui sont plus des projets de déambulation dans la ville, de non spectacle ou plutôt qui vont chercher le spectacle ailleurs que dans le spectacle. Grégory Stauffer va travailler sur les imaginaires de la marche dans un travail basé sur le mouvement dans une dimension autobiographique basée sur les souvenirs de vacances à Evolène avec sa mère anarchiste. Cette dimension est aussi abordée lors de workshops, par exemple celui sur le rapport entre danse et paysage à l’occasion de l’accueil des Promenades blanches de Mathias Poisson qui sont à la fois une performance in situ et une expérience collective de traversée de grands espaces. L’accueil de Mathias Poisson lors de ce workshop nous a donné envie de prolonger la collaboration avec cet artiste la saison prochaine. »

Quelles sont les relations entre les pratiquants des diverses disciplines ?

« Je me rends aussi compte en naviguant sur plusieurs scènes que celles-ci ne naviguent pas, il y a donc un problème de porosité entre des artistes qui sont dans la création contemporaine et spécialistes dans leur domaine, mais qui ne voyagent pas car c’est souvent très fermé.»

Et la médiation ?

« Un programme à l’année est construit sous la forme de rendez-vous dominicaux, décliné de différentes façons par ex pour Last Plays; nous avons  décidé de faire une session d’écoute avec un grand collectionneur de vinyles. Nous accueillerons aussi des conférences, par ex. Tristan Garcia (rapports entre l’homme et l’animal), et avec Ola Maciejewska qui réalise un film super 8 dans lequel elle fait référence à une artiste expérimentale des années 30, Maya Deren.

Une exposition pour un théâtre dans l’espace public est à l’étude pour donner une visibilité au théâtre au delà de sa situation géographique tout en l’inscrivant dans l’histoire politique et sociale du lieu. Par exemple, le samedi 27 septembre, nous tiendrons un pseudo stand au au marché aux puces de Plainpalais avec des objets en rapport avec la programmation, c’est une manière pour nous de toucher d’autres publics et de rencontrer les gens directement et l’expérience sera peut-être reproduite en fonction de son succès.»

Comment soutenir la création contemporaine qui est la fonction attribuée au Théâtre de l’Usine?

« Depuis six mois, je suis avec attention la scène locale et ses questionnements, les enjeux liés à l’espace, le conventionnement, l’identité de l’artiste local, comment soutenir un artiste local, la définition des critères, c’est un chantier qui va continuer à se développer. Le Théâtre de l’Usine fait surtout de la création, beaucoup de premières, mais peu de moyens et aucun poste pour organiser la diffusion. J’aimerais aller au delà et soutenir davantage les artistes. L’idée est de beaucoup discuter avec les compagnies, voir des filages même six mois avant pour qu’une collaboration s’institue.

Le TU va continuer le travail initié précédemment à l’Usine, participer à Reso ,le réseau de danse suisses, Premio, prix d’encouragement des ars de la scène du pour-cent culturel Migros, des projets en relation avec Zurich, Berne pour que les artistes voyagent. Le soutien s’exprime aussi par des coproductions : le Tac.Tac. de la danseuse et chorégraphe YoungSoon Cho Jaquet avec l’Arsenic, ou Pièce de chambre avec le Théâtre du Pommier de Neuchâtel.»

TU lèvera le voile sur sa programmation lors de la fête d’ouverture de saison le 12 septembre 2014, de 18h à 02h.

Théâtre de l’Usine
Rue de la Coulouvrenière 11, 1204 Genève.

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