Le skate malgré tout

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David Martelleur est une figure solitaire, un skateur professionnel belge supposé âgé pour empaumer plus longtemps sa discipline. Réalisé par le Français Philippe Petit, le documentaire « Danger Dave » suit son errance.

De contest en démonstration, compétition et set sauvage en zone industrielle, de rave alternative en bar nocturne d’ivresse à chuter au sol. Souvent à la dérive, le skateur au corps de toon boitillant et aux blessures multiples cartographiées qui toujours se relève, dévoile son goût pour la planche chevillé au corps et son désarroi.

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Une anatomie de fin trentenaire qui, de chutes en blessures, de réveil douloureux en travail sur sa planche au cœur d’un logement exigu, en passant par des fêtes alternatives alcoolisées est toujours là, occupant le plan quasi constamment. Le film ne suivant pas une chronologie précise, on le retrouve sous des formes diverses. Barbu en possible Ray Ban avec veste kaki façon Rambo mâtiné de Jim Morrison à la fin de sa vie. Malgré les bitures et les excès, le sportif conserve néanmoins toujours sa ligne élancée, finement musclée que le film déporte vers le planant, le suspensif, l’étrange grâce notamment à la bande son doucement intranquille composée par le groupe de musique électronique pop hier intime et stratosphérique (comme dans le film), aujourd’hui épique et grandiloquent façon Genesis électro, M83, dont les titres figurent aussi aux génériques de blockbusters américains (Invincible, Divergente, Oblivion).

Plus loin, crâne rasé au plus près, Il va jusqu’à accomplir un ride aussi impeccable pour lui dans une compétition bâloise sur une surface parfaite de glisse argentée après une nuit chargée en boissons. « Lors de mon précédent long-métrage Insouciants, je travaillais déjà sur des « adulescents », sur un univers qualifié de low et trash par les Anglo-saxons. Avant le skate, s’est imposée l’arpentage de la vie alternative, libertaire, L’idée de questionner avant le skate une marge de la société. Je ne souhaitais pas de stars, ni d’Américains », explique Philippe Petit. Le documentaire ne se refuse néanmoins pas une courte séquence classique. Elle les évolutions de David Martelleur se succéder de manière fluide et « clipesque » en skatepark, témoignant d’une maîtrise et d’un plaisir hédoniste toujours présents.

Paysages du skate

« C’est un film de décors successifs, cette géophysique qui a une importance égale à la durée dans lequel le tournage s’inscrit, à mes yeux », détaille le cinéaste. Il ajoute : « Bien que j’apprécie souvent son travail, je ne suis pas un Larry Clark qui utilise des skateurs au service d’une fiction qui in fine ne parle pas vraiment de l’univers du skate. Pour Gus Van Sant, il a réalisé un film médiocre, « Paranoid Park », mêlant plusieurs genres et types de sentiments jusqu’à l’insignifiance. A contrario, j’ai souhaité mon film emprunt d’une culture perçue comme essentiellement européenne tout en reconnaissant avoir grandi dans le sillon formée par le cinéma de Cassavetes. Même s’il peut prendre des accents de comédie décalée, le film est l’histoire grave d’une chute, une trajectoire entropique. Chemin faisant, l’idée de franchir l’Atlantique est apparue à l’épilogue. Pourquoi ne pas faire mourir ce périple tour à tour en état de survie, délaissé, tonique et fatigué aux États-Unis ? ». .

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Ce qu’il fait en plantant sa caméra dans une route serpentant au cœur d’une forêt avec le skateur anachorète disparaissant sous la pluie, un katana blanc offert plus tôt par un automobiliste accroché à son sac à dos. Au chapitre des possibles rimes avec d’autres univers, David Martelleur est ici lâché quelque part entre Into The Wild, Rambo, Ghost Dog et le cinéma foutraque, malade mettant en lumière des loosers en rupture avec tout signé par le tandem formé par Benoît Delépine et Gustave Kervern (Mammuth, Le Grand Soir). Sans oublier le biopic dû à Jean-Marc Vallée, Wild, qui piste Cheryl Strayed. Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, cette femme prend une décision radicale : délaisser son passé et, sans aucune expérience, se lancer dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue. « Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière », disait le scénariste, écrivain et réalisateur Michel Audiard.

Si dévastée soit-elle, l’atmosphère du film est néanmoins fort éloignée de The Smell of Us, le dernier Larry Clark. L’Américain cadre entre couleurs, volumes et peaux, des adolescents skateurs en leur spot parisien, près du Musée d’art moderne, derrière le Palais de Tokyo. Ce film invente une forme d’escorting dans le milieu du skate, où des kids à la beauté classique rimant avec le Caravage ou les éphèbes de la peinture religieuse se prostituent pour des client-e-s âgé-e-s, parfois fétichistes et androphiles. Son introduction est saisissante. Un défilé de skateurs saute au-dessus du corps avachi du réalisateur acteur campant un SDF. L’un des derniers plans montre un groupe de skateurs progressant en tribu dans une fuite improbable et une forme d’évanouissement, de disparition, de dissolution dans l’univers urbain.

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