Le musée d’art contemporain face à la nécessité de sa réinvention

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Art in the Streets. Barry McGee, Houston Street and the Bowery, New York, 2010, photo Farzad Owrang. MOCA, 2011.

 

Des expositions trop orientées célébrité, trop populistes

La programmation de Jeffrey Deitch s’est pourtant montrée fidèle à ses engagements et elle rencontra un important succès de fréquentation avec la présentation d’artistes de diverses disciplines : cinéma avec Denis Hopper – un photographe d’Hollywood – Weegee – un réalisateur de cinéma – Kenneth Auger – des musciens pop, Andy Warhol et d’autres artistes pop ; l’exposition Art in the Streets battit même le record de fréquentation depuis l’ouverture du musée en 1980. Mais voilà, pour la vieille garde ce n’étaient que des expositions « populistes », et l’artiste John Baldassari d’enfoncer le clou « il faut monter des expositions de dimensions plus larges, ce ne peut être seulement de la pop culture » ; le projet d’exposition qui aurait exploré l’influence du disco sur les arts suscita la courroux du même artiste.

Populiste, le mot était lâché et d’aucuns ont immédiatement souligné le paradoxe de la remarque en rappelant que l’exposition de Paul Schimmel, « Ecstasy », bien avant l’arrivée de Deitch, avait drainé un nombre important de visiteurs supposés être « plus intéressés par les drogués que par l’art », tout comme son exposition de Takashi Murakami qui, pourtant, servait les intérêts du bagagiste parmi les sponsors de l’événement et dont le propriétaire est également celui d’une société de ventes aux enchères.

La proximité de pensée que l’on pourrait supposer en considérant les expositions médiatiques tant de Schimmel que de Deitch n’était qu’apparente, ces tenants des mondes de la haute culture et de la culture Pop ne pouvaient cohabiter. En 2012, Eli Broad vira le conservateur Paul Schimmel, quatre artistes « maison » membres du comité du MOCA, John Baldassari, (art conceptuel, 82 ans), Barbara Kruger (conceptuel, 68), Ed Ruscha (Pop art, 76), et Catherine Opie (photographe, genre, 52) démissionnaient alors pour montrer leur opposition à la nouvelle direction et soutenir Schimmel qui avait assuré leur gloire. Désormais, localement, le conflit n’avait plus rien à voir avec l’art, il s’agissait surtout de défendre des situations personnelles confortables face aux craintes qu’inspiraient les nouveaux réseaux liés à Deitch.

En réponse à ces démissions, la déclaration de Deitch réaffirmait son intention initiale : « Depuis la création du MOCA voici plus de 30 ans, l’art contemporain, son public, et son contexte ont spectaculairement changé. C’est très passionnant de voir que des publics plus diversifiés s’intéressent aux arts visuels. L’art contemporain est devenu la nouvelle plateforme culturelle la plus sensationnelle, elle est liée à la mode, la musique, le design, la performance et le développement communautaire. Los Angeles est au coeur de ce changement. C’est indispensable que le MOCA continue de se montrer progressif et soit au premier rang de l’évolution, comme il l’a toujours été. Le programme à venir est une réponse et une articulation dart actuel et du paysage culturel d’aujourd’hui. » Le public « jeune » visé par Jeffrey Deitch n’est pas celui qui est dans sa vingtième année, mais la génération qui a le sens du graffiti et lit des revues axées sur la culture urbaine, la photographie, l’art, la musique et aussi le trash et le gossip genre Vice .

Paysage d’hier avec l’artiste John Baldassari, soutien du conservateur Paul Schimmel, connu pour ces grandes expositions qui embrassent de larges pans de l’histoire de l’art et flattent surtout la vanité de leurs auteurs ; d’aujourd’hui avec Shepard Fairey (soutien de Jeffrey Deitch) dont le travail est devenu mondialement célèbre lors de la campagne présidentielle américaine de 2008, avec la création du poster HOPE de Barack Obama qui deviendra une image-icône de la campagne. L’Institut d’art contemporain de Boston le considère comme un des plus connus, des meilleurs et des plus influents artistes de Street art du moment.

 suite page 3: Quel avenir pour les musées d’art contemporain ?

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