Le Galpon célèbre Dada avec un opéra électroacoustique

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Corina Pia dans « Coucou : Nous sommes tous des petits suisses dadaïstes ». Théâtre du Galpon. Genève.

Provocation, dérision, contestation et subversion, autant de caractéristiques de l’esprit dadaïste que Gabriel Alvarez convoque dans un nouvel opéra électroacoustique pour dédramatiser dans une joyeuse satire notre société forcée à l’hyperconsommation. La fable d’une société des loisirs postindustrielle fait ici l’objet d’une mise en scène dans un esprit irrévérencieux et léger porté par un accord réussi entre chanteurs, acteurs, danseurs et musiciens.

 

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Coucou:  Nous sommes tous des petits suisses dadaïstes se déroule dans un espace en deux temps et deux espaces. Avant de s’épanouir dans la salle du théâtre, le spectateur est invité à visiter le « Musée des Fétiches ou le temple des marchandises pendues » dans le cadre intimiste du foyer et illustre le goût volontiers nostalgique de notre époque où le musée assume le rôle de reliquaire pour tous les vestiges de l’art et les souvenirs de nos actions. Ici, « trois matières se malaxent : les corps, les voix et les objets pour créer un hybride qui donnera vie au musée ».

Nombre d’objets, sinon de reliques d’un temps passé comme ces postes de radio antédiluviens sont disséminés sur le plateau central pour évoquer le recyclage rendu visible dans la scénographie dans un véritable festival plastique : « Jouets d’enfants abimés, objets décoratifs kitsch ou utilitaires en plastique coloré, mais aussi menus objets de toutes sortes, souvent hors d’usage et devenus de ce fait incompréhensibles, trouvés dans les halles d’Emmaüs, les brocantes, les caniveaux et les terrains vagues des nos grandes cités modernes ponctueront l’espace. Des objets qui questionnent la valeur marchande et esthétique. »

Nous sommes tous des petits suisses dadaïstes peut donner lieu à de nombreuses lectures dont celle de la fonction des programmes culturels de masse théorisée par Bernard Stiegler* tient une place de choix :

«  Les industries culturelles forment un système avec les industries tout court, dont la fonction consiste à fabriquer les comportements de consommation en massifiant les modes de vie. Il s’agit d’assurer ainsi l’écoulement des produits sans cesse nouveaux engendrés par l’activité économique, et dont les consommateurs n’éprouvent pas spontanément le besoin. Désormais, c’est le consommateur qui est standardisé dans ses comportements par le formatage et la fabrication artificielle de ses désirs.  »

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Clara Brancorsini, Andrea de Luca, Corina Pia, José Ponce, Marcin Habela et la participation d’étudiants de la Haute Ecole de Musique : Emma Cherouana, Sophie Terrier, Anthony Rivera, Alban Legos, Joshua Morris.

La collaboration avec le compositeur Bruno de Franceschi et la Haute Ecole de Musique a désormais fait ses preuves au fil de productions à succès créées au Galpon (Mack is Coming BackM… l’hypocondriaque, entres autres). Bruno de Franceschi a composé cet opéra électroacoustique pour un quintet de chanteurs lyriques et des voix populaires, celles des acteurs et danseurs. L’instrumentation repose sur des percussions, un piano, un piano préparé et un violoncelle. Les matériaux poétiques sur lesquels se fondent le chant et la musique sont des poèmes d’Albert-Birot ou de Schwitters qui disloquent le langage jusqu’à la syllabe, ou de Hausmann jusqu’à la lettre, le roman de science fiction « Nous Autres » de Eugene Zamiatine. Et encore : Hugo Ball, Tristan Tzara , Maïakovski, Hausmann. »

Avec le thème du dadaïsme, Gabriel Alvarez vise à « élargir les sources du matériau poétique : images qui traversent un texte poétique, installation plastique, utilisation de la musique et de la nourriture comme procédé scénographique. Un spectacle non seulement pour les yeux et les oreilles, mais aussi pour les papilles gustatives ».

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Coucou ! Nous sommes tous des petits-suisses dadaïstes

Théâtre du Galpon. Du 15 janvier au 2 février 2014.

 

Points de repères, par Gabriel Alvarez.

Dada naît à Zurich en 1916. Là ont trouvé refuge, dans la tourmente de la guerre, des peintres, des écrivains et des hommes de théâtre de divers pays. Les idées munichoises, celles d’un art abstrait attaché aux valeurs spirituelles (Hugo Ball), côtoient celles du deuxième stade du futurisme italien. À l’instigation de Hugo Ball, les premières soirées subversives ont lieu au Cabaret Voltaire. L’étincelle créatrice apportée par le jeune émigré roumain Tzara permettra l’éclosion du premier groupe dadaïste, dont il apparaît à Zurich comme l’organisateur et le théoricien. Le choix du mot dada, trouvé au hasard des promenades dans le dictionnaire, symbolise la démarche iconoclaste des jeunes artistes. Adopté de façon aléatoire, ce mot ne signifie rien, mais il désigne cet art à venir, sans référence au monde ancien. Le propre de l’action dadaïste, c’est d’élever la réalité du monde  » banal  » au niveau de matériau artistique, et ceci dans tous les domaines de l’art.

 

* Bernard Stiegler. Le désir asphyxié, ou comment l’industrie culturelle détruit l’individu. 2004.

 

 

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