Le fabuleux destin de Céline : du chant des rues à la défense des droits de l’enfant

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Céline, chanteuse, guitariste, juke box humain et étudiante en droit à Avignon. Photo ldd

Au début de la découverte de la Céline chantante de par les venelles avignonnaises, était Hallelujah, un titre originellement écrit et interprété par l’auteur-compositeur-chanteur canadien Leonard Cohen dans une version à mi corps entre gospel et folk dansé. Ambigüe, la chanson tuile, dans une fable psalmodique, allusions bibliques, dont la légende du roi David, questionnements intimes sur l’écriture de chansons et sexualité. En cette chaude et poisseuse après-midi estivale, les paroles alliant l’éros et le sacré résonnent étrangement. Elles évoquent le souvenir de la chambre qui cherche les amants bruissant d’une quiétude impossible et d’une transparence à l’autre désormais portée disparue  : « Il fut un temps où tu me laissais savoir / Ce qui se passait vraiment dessous tout ça / Mais maintenant tu ne me montres plus jamais ça, n’est-ce pas / Mais souviens-toi du moment où je bougeais en toi / Et la sainte colombe bougeait aussi / Et chaque souffle que nous respirions était un hallelujah » ( Well there was a time when you let me know / What’s really going on below / But now you never show that to me, do you ? / But remember when I moved in you / An holy dove was moving too / And every breath we drew was hallelujah )

Le titre est devenu depuis sa création 1984 un hymne universel grâce à John Cale et Jeff Buckley. Conservant sur son lutrin les paroles de ses chansons dont elle a bien davantage besoin que la partition qu’elle ne déchiffre plus depuis longtemps à l’en croire Céline lui préfère justement la version passée à l’encre de la mélancolie due au surdoué météorique à la fragilité incandescente, Jeff Buckley, disparu noyé à l’âge de trente printemps. Son interprétation à elle a moins la forme d’un pâle mélancolique halo que d’un doux murmure en apesanteur passé par une chromatique vocale qu’elle souhaite amplifier pour ne pas le pousser afin qu’elle claque malencontreusement à la face. Plus loin, elle relaye comme en creux, en déshabillant sa tessiture de tout apprêt et effet une voix dont on peine à reconnaître la rage et la détresse native. Une voix qui allie jazz, soul, gospel et R&B à la défense des droits civiques au Etats-Unis, celle d’un monstre d’exigence, Nina Simone.

En première ligne pour les droits de l’enfant

Céline est pleine d’espérance à l’issue de sa première année en droit, elle qui sera au terme des ses études avocate en défense des droits de l’enfant. Les enfants ? Des personnes « à écouter mais aussi à recadrer », récite l’étudiante. En est-elle consciente, la jeune femme a choisi l’une des activités et missions les plus exigeantes et difficiles qui soit. Elle recoupe notamment des affaires liées aux mineurs dans de nombreux cas dramatiques : enfants victimes de maltraitance, battus, travail forcé, esclavage domestique et violences sexuelles. Sans oublier le droit de visite des parents sur les enfants et l’adoption. Mais « à quoi sert-il d’avoir des droits si on n’est pas assisté pour les exercer ? », s’interroge Céline qui admire sans réserve son père, ce « héros » à ses yeux, ancien pilote de chasse reconverti dans le coaching.

Le chantier parait néanmoins vaste au plan législatif sur les droits de l’enfant à moderniser dans l’hexagone, tant des concepts incroyablement datés doivent être repensés en fonction de la famille et de l’acquisition de nouveaux droits et responsabilités au 21e siècle. Pourquoi ainsi continuer d’affirmer qu’« à tout âge l’enfant doit honneur et respect à ses parents » ? N’est-il pas ainsi plus que temps de glisser de l’autorité parentale à la responsabilité parentale ? Rappelons qu’en France de nos jours, les châtiments corporels sur les enfants sont toujours autorisés. Ainsi l’amendement visant à interdire violences physiques et châtiments corporels envers les enfants a été retiré le 19 mai dernier de la proposition de loi sur la famille à l’Assemblée Nationale. La mesure a été reportée à un texte ultérieur et annoncé plus global sur la maltraitance, comme l’a promis la secrétaire d’Etat à la Famille. C’est la deuxième fois qu’une proposition de loi anti-fessée, après celle déposée en 2010 par l’ex-députée Edwige Antier, n’est pas adoptée. Alors même que dix-huit pays européens l’ont déjà entérinée, conformément aux recommandations du Conseil de l’Europe. Sans parler de l’épineux droit à oubli et au déréférencement des réseaux sociaux et autres fichiers qui travaillent, inquiètent et sapent toujours davantage l’enfance. Une enfance particulièrement exposée à des formes de manipulations, intimidations, bashing et mobbing par piratage de profil facebook, et autres malveillances sur le net. Il en faudra bien davantage pour décourager Céline qui a la passion de la justice chevillée au corps bien davantage sans doute que celle de la musique. A dix huit ans, la voilà désireuse de se faire la voix des plus jeunes qui sont trop souvent sans voix et inconscients de leurs droits et… devoirs.

Bertrand Tappolet

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