Gisèle Vienne interroge les liens entre fantasmes et réalité

« Jerk » Conception et mise en scène: Gisèle Vienne. ©Alain Monot.

« Jerk » est tiré de l’histoire de Dean Carl, un serial killer texan. Jonathan Capdevielle l’a réécrite en partie et adaptée pour l’occasion scénique. Au théâtre Arsenic à Lausanne les 28 et 29 mai 2013.

Entretien avec Gisèle Vienne, par Bertrand Tappolet. (27 septembre 2008)

 

Crime transgressif
Pour sa création « Jerk », si la technique du spectacle est éminemment traditionnelle, le sujet, lui, est transgressif. C’est l’histoire d’un tueur psychopathe américain des années 70 qui a tué une vingtaine de garçons au Texas. Elle est comme mise en abyme par un marionnettiste, ventriloque et comédien d’une grande virtuosité, Jonathan Capdevielle :  » Ce fait divers est l’histoire de Dean Carl, un serial killer texan. Une histoire qui a fortement marqué Dennis Cooper âgé de 17 ans au moment des faits. Il existait à  l’époque une série de tueurs en série liés à  des meurtres d’adolescents qui ont fortement marqué la société américaine de cette époque et ont fortement motivé Cooper. C’est un sujet que l’on retrouve ensuite dans toute sa littérature. Il a écrit spécialement les textes pour les créations suivantes : « I Apologize », « Kindertotenlieder » et « Une enfant blonde ».

©Mathilde Darel

« Jerk » est tiré d’une nouvelle mettant en scène un marionnettiste et écrite en 1992. Il l’a réécrite en partie et adaptée pour l’occasion scénique. C’est la première fois que nous travaillons avec Cooper sur un texte narratif, linéaire, intelligible dans sa structure et son contenu pour le spectateur. Qui plus est le récit est basé sur un fait divers réel. Jonathan a un jeu naturaliste ce qui fait que tout à  l’air vrai. Le travail principal dans mes mises en scène est celui du rapport au réel. Qu’est-ce qui semble être vrai ? Comment retranscrit-on notre perception du réel ? « Jerk » a cette forme rassurante, linéaire avec une tension dramatique. Les pièces précédentes sont construites d’une manière différente pour le spectateur. Mais plus proche, à  mon avis, de notre perception du réel. Ces structures narratives s’inspiraient fortement de celles à  l’oeuvre dans les romans d’Alain Robe-Grillet. J’ai construit ces pièces antérieures à  Jerk en combinat une information réel, une hypothèse, une information manquante, une autre que l’on pensait réelle, mais qui est probablement le fruit d’un fantasme. A l’image du metteur en scène, Le spectateur avait plutôt ce rôle d’inspecteur de police qui devait analyser finement les signes qui lui était proposés avec la plus grande vigilance vis-à -vis de ses propres phantasmes. Mes pièces sont des pièges. « 

Après une formation de marionnettiste à  l’École supérieure nationale des arts de la marionnette, Gisèle Vienne initie son propre parcours en 2000. Dès ses premières pièces créées en collaboration avec Etienne Bideau-Rey, elle inscrit son travail de scène à  travers un geste plastique qui utilise marionnettes, poupées, mannequins, masques, pour explorer cet univers trouble dont l’érotisme est la problématique centrale.  Auprès de Dennis Cooper critique d’art et écrivain américain dont l’oeuvre iconoclaste travaille sur l’effraction et la violence, tant du point de vue des corps que des formes littéraires  elle met en scène plusieurs pièces, dont « Jerk » et « Kindertotenlieder » tandis que ce dernier écrit les textes et collabore à  la dramaturgie.

Bertrand Tappolet

Article publié le 27 septembre 2008 avec une interview de Gisèle Vienne à propos de sa création Kindertotenlieder.

Jerk

conception et mise en scène Gisèle Vienne, créé en collaboration avec et interprété par Jonathan Capdevielle (F)

Arsenic. Lausanne. ma 28 mai à 19h et me 29 mai 2013, à 20h30.
Pour sa présentation à Lausanne, l’accès à ce spectacle est déconseillé aux -18 ans, jauge limitée – réservation conseillée.

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