Hans Haacke lauréat du prix Roswitha Haftmann

Hans Haacke, « Gift Horse » (Geschenkter Gaul), 2015. 4th Plint, Trafalgar Square, London © 2017 ProLitteris, Zurich

Hans Haacke (*1936) reçoit le prix artistique de la Fondation Roswitha Haftmann, le mieux doté d’Europe avec 150 000 CHF.

Le conseil de la Fondation Roswitha Haftmann a décidé de décerner le prix Roswitha Haftmann à Hans Haacke pour l’ensemble de son œuvre. Le jury récompense l’engagement courageux et anticonformiste qui a été le sien pendant des décennies, sa capacité à déclencher des débats sociétaux par la provocation artistique, mais aussi son brio intellectuel et la qualité formelle de ses travaux. Hans Haacke, né en 1936 à Cologne, vit depuis 1965 à New York et fait surtout parler de lui par les aspects politiques de son travail.

Art conceptuel et Land Art

Haacke fait ses études à la Staatliche Werkakademie de Cassel (1956–1960). Dès ses premiers travaux, il se penche sur les systèmes et les processus, dont il examine le fonctionnement et les échecs. Dans ses œuvres de jeunesse, l’artiste s’attache à représenter les interactions entre les systèmes biologiques et physiques, les animaux, les plantes et les différents états de l’eau et de l’air; un certain nombre de ses projets tendent vers le Land Art. À partir de 1970, il s’intéresse de plus en plus aux évolutions politiques et aux mécanismes de la manipulation – des opinions, des états d’esprit et des faits historiques. L’annulation in extremis de son exposition au musée Guggenheim de New York en 1971, où devait être présenté son travail intitulé «Shapolsky et al. Manhattan Real Estate Holdings, A Real Time Social System, as of May 1, 1971», sur la propriété et la spéculation immobilières, déclenche un vif débat sur l’art conceptuel politique.

À Cologne, il fait scandale en 1974 avec un projet portant sur la provenance d’une nature morte d’Édouard Manet acquise par le Musée Wallraf-Richartz à l’initiative de Hermann Josef Abs, alors président de l’association de soutien au musée, et met en lumière le rôle joué par ce dernier sous le Troisième Reich. La documentation proposée par l’artiste dans le cadre de cette exposition au slogan éloquent, «L’art reste l’art», ne reçoit pas l’approbation du directeur du musée. En 1978, à Oxford, une exposition personnelle présente son œuvre «A Breed Apart», critique du groupe public British Leyland, qui exporte des véhicules pour la police et l’armée vers des États pratiquant alors la ségrégation raciale comme l’Afrique du Sud.

Peinture, sculpture, installations

Depuis le début des années 1980, Haacke se consacre de plus en plus à la peinture et aux grandes installations sculpturales. Il crée des peintures comme «Hommage à Marcel Broodthaers (1982), «Tableau pour la salle du conseil d’administration» (1983) pour Alcan, «Taking Stock (unfinished)» ainsi que «Weite und Vielfalt der Brigade Ludwig» (1984). Sur la Königsplatz, une place de Munich chargée d’histoire, il presente en 1991 «Die Fahne hoch». En 1984, il reçoit une exposition individuelle à la Tate Gallery de Londres, où son portrait de Margaret Thatcher avec les célèbres mécènes Maurice et Charles Saatchi pointe leur influence sur la production artistique de l’époque.

En 1990, un collage de Haacke suscite de nouveau la controverse: son cowboy avec cigarette («Cowboy with Cigarette»), qui transforme une œuvre classique de Picasso en publicité pour le tabac, est une réaction au sponsoring du Museum of Modern Art par le groupe Philip Morris.

En 1993, Haacke partage avec Nam June Paik le Lion d’or de la Biennale de Venise pour le pavillon allemand: son impressionnante installation «Germania», pour laquelle il brise les dalles de sol du pavillon construit par les nazis, fait référence aux origines de la Biennale, dont les racines plongent dans la politique culturelle de l’Italie fasciste. En 1999, Haacke réalise au Reichstag le projet artistique «À la population», variation sur la dédicace «Au peuple allemand» inscrite sur le fronton du bâtiment, qui déclenche de vastes débats internationaux sur la façon dont les Allemands se définissent et sur leur rapport aux autres nations. En 2006, dans le cadre d’une rétrospective consacrée à son œuvre, Haacke fait recouvrir temporairement les fenêtres de la façade de l’Académie des beaux-arts de Berlin pour un projet intitulé «Pas de plus beau pays. Parce qu’ils n’avaient pas l’air allemands». Les affiches collées sur les fenêtres évoquaient le destin de 46 victimes de la violence d’extrême-droite décédées en République fédérale d’Allemagne depuis 1990.

Un récent coup d’éclat sur Trafalgar Square

De mars 2015 à septembre 2016, on a pu voir à Londres le «Gift Horse» de Haacke sur le quatrième piédestal, vide, de la place Trafalgar: le squelette de cheval représenté faisait référence à un chef-d’œuvre de l’art anglais, une gravure de George Stubbs exposée dans la National Gallery voisine. L’une de ses pattes avant était ornée d’un ruban-cadeau électronique affichant en temps réel le cours des actions du FTSE 100.

Fondation Roswitha Haftmann

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Publié dans art contemporain, politique culturelle
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