Habiter autrement dans une ville plurielle (2)

maison

Takasugi-an, Chino, Nagano Prefecture, Japon, Architecte Terunobu Fujimori.

A Genève, il existe encore des citadins qui vivent dans des immeubles gérés de manière communautaire et des responsables politiques qui tentent de pérenniser l’habitat collectif. Les premiers baux associatifs signés par Sandrine Salerno, maire de Genève, sont un exemple de solution institutionnalisée d’habiter autrement.

Suite du compte-rendu du débat du 21 septembre 2010 : Bail associatif, quel avenir à  Genève? Détails en bas de page.

Le squat n’est pas une fin en soi mais un outil

Après le rappel de l’historique des premiers contrats de confiance signés par Claude Haegi, en 1985, Roberto Broggini précise que le but n’est pas de « pérenniser le squat puisque le squat n’est pas une fin en soi mais un outil pour dénoncer une situation, un outil pour explorer des façons d’habiter différemment, un outil pour dire à  l’autorité politique qu’il existe une demande pour un autre type de logement que le logement standard… ». Puisqu’il ne s’agit pas de « squatter pour squatter », le défi est alors de penser la diversité des façons d’habiter afin de permettre la pluralité des modes de vie en ville.

quai des bergues

Dans les années 70 ces immeubles de logement ont été transformés en bureaux. Au vu de la crise actuelle, Roberto Broggini demande pourquoi ne ferait-on pas l’inverse quand les bureaux sont vides.

Genève à  l’avenir, une ville pour tous ?

Luca Pattaroni souligne que les contrats de confiances négociés par Claude Haegi étaient une « solution libérale incluant les notions de contrat et de responsabilité citoyenne ». Instaurer un tel accord équivaut dès lors à  une forme de « retrait de l’Etat social laissant place à  une plus grande initiative et autogestion des habitants ». Claude Haegi affirme n’avoir jamais pensé contourner la politique sociale du logement. De plus, il déplore la politique trop procédurière d’aujourd’hui craignant que « les dispositions légales nouvelles empêchent une certaine souplesse et ne correspondent plus aux besoins spécifiques de la population ». Les villes doivent répondre aux demandes diverses et variées des habitants dont les aspirations évoluent au fil du temps.

Le bail associatif innove en garantissant la pérennisation des modes de vie associatifs

Il semble que Sandrine Salerno, actuellement maire de Genève, ait trouvé la solution institutionnalisée « d’habiter autrement » en signant trois baux associatifs avec des collectifs d’habitants de la rue Lissignol dans le quartier de Saint-Gervais et de la rue de l’industrie aux Grottes. Sortant de la logique : politique sociale, marché et standardisation des modes de vies, le bail associatif innove en garantissant la pérennisation des modes de vie associatifs, la gestion commune de l’habitat, ainsi que l’esprit collectif et convivial des rapports de proximité et de voisinage en zone urbaine. Maria Waltzlawick, habitante du 8 rue Lissignol, témoigne : « Plus on est responsable de nos murs, plus on s’y sent bien. Cette qualité de vie n’est pas une chance mais le résultat d’un énorme investissement dans la vie de l’immeuble, de la rue et du quartier, basé sur une réelle volonté de vivre de manière collective ».
Concrètement, le bail associatif réduit la marge de manoeuvre des différents collectifs d’habitants bénéficiant jusqu’à  présent d’un contrat de prêt à  usage puisque les conditions d’attribution des places vacantes sont arbitrées par la municipalité. Toutefois, le choix des futurs habitants revient tout de même aux associations qui pourront décider au final entre quatre dossiers sélectionnés par la Ville en conformité avec les exigences de la Gérance immobilière municipale. Genève propose aujourd’hui une alternative au logement social du type bail à  loyer individuel. Dans un bail associatif, la Ville perçoit un loyer unique en harmonie avec le revenu moyen de l’immeuble, la gestion des contributions de chacun se fait de manière autonome et participative. Cette tentative de pérenniser les expériences de vie communautaire semble porter ses fruits et les semences pourraient être disséminées dans la région genevoise afin de permettre aux citadins d’expérimenter un mode participatif de cohabitation – défendre une manière d’habiter autrement en ville.

Muriel Becerra

Lire la première partie de cet article: Bail associatif, quel avenir à  Genève?  Le débat s’est tenu le mardi 21 septembre 2010 à  la Bibliothèque municipale de la Cité.
– Lire également sur Genève active, 8 rue Lissignol, une autre façon d’habiter, interview de Roberto Broggini.

– Livre de l’association de la rue Lissignol 8: « du bitume au grenier,histoire d’une rue singulière à  Genève »
Sorti en juillet 2010, ce livre est le fruit de la collaboration des habitants de la rue Lissignol et des dessinateurs-trices ayant participé à  cette édition.
L’ouvrage pérennise 20 ans d’habitats collectifs, et d’investissement dans l’urbanisation et la vie de cette rue singulière. Un tissu social très fort s’y est développé au fil des ans.
Autour de cette présentation, une rencontre autour du thème: Bail associatif, quel avenir à  Genève?
Avec Luca Pattaroni, sociologue, Guillaume Kà¤ser, viceprésident de la CODHA et CIGUE,
Roberto Broggini, député et habitant de la rue Lissignol,
Maria Watzlawick
, participante au projet et habitante de la rue Lissignol,
Sandrine Salerno, maire de Genève, accompagnée de son adjointe, Valentina Wenger, de Valérie Garbani (juriste) et de Marozia Carmona-Fisher (responsable de l’Unité sociale à  la Gérance Immobilière municipale),
Claude Haegi, président de la FEDRE
Modérateur: Jacques Magnol, journaliste, fondateur de GenèveActive.ch

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