Gisèle Vienne interroge la notion de représentation, entre réalité et fantasme

Scène

« Kindertotenlieder » Photo Mathilde Darel

Interroger la notion de représentation entre réalité et fantasme, questionner le rapport des corps, du vivant à  l’artificiel, sont au coeur de la démarche de Gisèle Vienne.Ses spectacles sont autant d’objets suggestifs où les images métaphoriques de la violence et de l’érotisme deviennent des rituels de spectacle. On songe parfois aux univers de Jean Genet, Georges Bataille, William Burroughs ou Kathy Acker. A l’ADC et au Théâtre de l’Usine, à  Genève.
Rituel

« Kindertotenlieder » montre à  l’envi que Cooper est l’équivalent littéraire des cinéastes Gus Van Sant (« Elephant », « Last Days ») ou Larry Clark (« Kids », « Ken Park »). Hantée par la légende de présences sylvestres et démoniaques, les Pertchen, « Kindertotenlieder » n’est pas sans mettre en marche un actionnisme viennois light avec scarification sur fond de corps ados gothiques en sweats à  capuche. Ils assistent, figés, à  un concert se tenant dans un cimetière. Sur fond de rock nihiliste et planant, l’ensemble rappelle l’immobilité démoniaque de la bande d’amis déjantés, croisée au détour du roman de l’Américain, « Closer ». « Perdus dans les rêveries peu mémorables » et accrochés à  « leur poubelle imaginative », comme les décrit l’écriture crue, sèche et dénuée d’effets de Cooper. La neige tombe enfin. A moins que cela ne soit une poussière duveteuse souvent rencontrée dans les chambrettes adolescentes, encombrées et sales des récits de l’Américain. Les figures de « Kindertotenlieder » sont enfermées dans une incapacité à  éprouver raisonnablement le monde. Dans cette pièce, le personnage adolescent est une masse informe, une impossibilité à  ressentir et communiquer, très proche de l’autisme, dans un mutisme primitif, une inconscience pré-natale. Une machine de perception, une masse d’affects, un mur émotif sur lequel affluent mille sensations. Un humain-animal ou humain-inconscient assailli de sensations que seul le spectateur, à  sa place, est capable d’interpréter, d’éprouver intelligiblement. Il n’y aura ainsi pas de révélation, ou si peu.

Entretien avec Gisèle Vienne. Par Bertrand Tappolet.

« Kindertotenlieder » Photo Gisèle Vienne.

Crime transgressif

Pour sa création « Jerk », si la technique du spectacle est éminemment traditionnelle, le sujet, lui, est transgressif. C’est l’histoire d’un tueur psychopathe américain des années 70 qui a tué une vingtaine de garçons au Texas. Elle est comme mise en abyme par un marionnettiste, ventriloque et comédien d’une grande virtuosité, Jonathan Capdevielle :  » Ce fait divers est l’histoire de Dean Carl, un serial killer texan. Une histoire qui a fortement marqué Dennis Cooper âgé de 17 ans au moment des faits. Il existait à  l’époque une série de tueurs en série liés à  des meurtres d’adolescents qui ont fortement marqué la société américaine de cette époque et ont fortement motivé Cooper. C’est un sujet que l’on retrouve ensuite dans toute sa littérature. Il a écrit spécialement les textes pour les créations suivantes : « I Apologize », « Kindertotenlieder » et « Une enfant blonde ». « Jerk » est tiré d’une nouvelle mettant en scène un marionnettiste et écrite en 1992. Il l’a réécrite en partie, adaptée pour l’occasion scénique. C’est la première fois que nous travaillons avec Cooper sur un texte narratif, linéaire, intelligible dans sa structure et son contenu pour le spectateur. Qui plus est le récit est basé sur un fait divers réel. Jonathan a un jeu naturaliste ce qui fait que tout à  l’air vrai. Le travail principal dans mes mises en scène est celui du rapport au réel. Qu’est-ce qui semble être vrai ? Comment retranscrit-on notre perception du réel ? « Jerk » a cette forme rassurante, linéaire avec une tension dramatique. Les pièces précédentes sont construites d’une manière différente pour le spectateur. Mais plus proche, à  mon avis, de notre perception du réel. Ces structures narratives s’inspiraient fortement de celles à  l’oeuvre dans les romans d’Alain Robe-Grillet. J’ai construit ces pièces antérieures à  Jerk en combinat une information réel, une hypothèse, une information manquante, une autre que l’on pensait réelle, mais qui est probablement le fruit d’un fantasme. A l’image du metteur en scène, Le spectateur avait plutôt ce rôle d’inspecteur de police qui devait analyser finement les signes qui lui était proposés avec la plus grande vigilance vis-à -vis de ses propres phantasmes. Mes pièces sont des pièges. « 

Après une formation de marionnettiste à  l’École supérieure nationale des arts de la marionnette, Gisèle Vienne initie son propre parcours en 2000. Dès ses premières pièces créées en collaboration avec Etienne Bideau-Rey, elle inscrit son travail de scène à  travers un geste plastique qui utilise marionnettes, poupées, mannequins, masques, pour explorer cet univers trouble dont l’érotisme est la problématique centrale.  Auprès de Dennis Cooper critique d’art et écrivain américain dont l’oeuvre iconoclaste travaille sur l’effraction et la violence, tant du point de vue des corps que des formes littéraires  elle met en scène plusieurs pièces, dont « Jerk » et « Kindertotenlieder » tandis que ce dernier écrit les textes et collabore à  la dramaturgie.


Jerk

Arsenic. 28 et 29 mai 2013.

Théâtre de l’Usine, 29 et 30 septembre 2008, à  20h. Rés. : 022 328 08 18

Kindertotenlieder

ADC à  la Salle des Eaux-Vives, 27 et 28 septembre 2008 à  20h30. Rés. :022 320 06 06

Dans le cadre de FranceDanse Europe et à  l’initiative de l’ambassade de France à  Berne et de la Dampfzentrale, une dizaine de chorégraphes français seront sur les scènes suisses du 23 septembre au 4 novembre 2008.

LAUSANNE
dans le cadre du Festival International de danse de Lausanne 2008
Théâtre Sévelin 36  021 620 00 10 / www.theatresevelin36.ch
les 23 et 24 septembre, Compagnie Rêvolution, Anthony Egéa, Urban Ballet
les 26 et 27 septembre, Boris Charmatz, Gala
le 27 septembre, Dimitri Chamblas et Boris Charmatz, A bras le corps (au MUDAC)
le 1er octobre, Mathilde Monnier et Louis Sclavis, Les signes extérieurs

Théâtre de l’Arsenic  021 625 11 36 / www.theatre-arsenic.ch
les 24 et 25 septembre, Gisèle Vienne, I Apologize
les 4 et 5 octobre, Vincent Dupont, Hauts cris (miniatures)

GENEVE
Salle des Eaux-Vives  022 320 06 06 / www.adc-geneve.ch
les 27 et 28 septembre Gisèle Vienne, Kindertotenlieder
les 1er et 2 octobre, Vincent Dupont, Hauts Cris (miniature)

BFM  Bâtiment des Forces Motrices  022 320 06 06
le 13 octobre, Boris Charmatz, La Danseuse malade

Théâtre de l’Usine“ 022 328 08 18 / www.darksite.ch/theatreusine
les 29 et 30 septembre, Gisèle Vienne, Jerk

FRIBOURG
Nuithonie 026 350 11 00 / www.nuithonie.com
le 4 novembre, Compagnie Emile Dubois, Jean-Claude Gallotta, Cher Ulysse

BERNE
dans la cadre du Festival International de Berne
Dampfzentrale -031 310 05 40 / www.dampfzentrale.ch
les 15 et 16 octobre, Compagnie L’A., Rachid Ouramdane, Loin…
le 18 octobre, Olivier Dubois, Faune(s)
les 21 et 22 octobre, Alain Buffard, (Not) A Love Song
les 21 et 22 octobre, Association j’y pense souvent, Vincent Dupont, Hauts cris (miniatures)
les 24 et 25 octobre, Association EDNA , Boris Charmatz, La danseuse malade
les 29 et 30 octobre, Compagnie L’expérience harmaat, Fabrice Lambert, Gravité
les 1er et 2 novembre, Compagnie Emile Dubois, Jean-Claude Gallotta, Cher Ulysse

ZURICH
Gessnerallee 044 225 81 11 / www.gessnerallee.ch
les 10 et 11 octobre, Association j’y pense souvent, Vincent Dupont, Hauts cris (miniatures)
les 15 et 16 octobre, Association EDNA, Boris Charmatz, La danseuse malade
les 18 et 19 octobre, Alain Buffard, (Not) A Love Song

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Un commentaire pour “Gisèle Vienne interroge la notion de représentation, entre réalité et fantasme
  1. Max dit :

    Mention spéciale pour votre article.
    D’une manière générale votre site est carrément instructif et on y trouve beaucoup d’informations.
    Merci à vous d’écrire régulièrement avec le reste de la communauté.

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