Genève voit venir sa nuit blanche de la culture

Seoul

Troisième « Seoul Open Night' » Août 2010.

Depuis quinze ans, un nouveau type d’événement attire des foules lors de festivals culturels nocturnes. Genève pourrait aussi suivre le mouvement grce à  l’association « Quartier de lune », nouvellement créée, qui va proposer à  la Ville de Genève de la désigner comme interlocutrice pour la conception d’une première « Nuit blanche des Musées ».

Chaque grande ville intègre désormais une nuit dans sa programmation

Qu’elles se nomment « Nuit blanche », en octobre, ou « Nuit des musées », en mai, il s’agit pour un soir de rendre l’art accessible à  tous, de mettre en valeur l’espace urbain par la création contemporaine, et créer un moment de convivialité. En 1997, la première « Nuit des musées » organisée à  Berlin rencontre un succès immédiat. Le concept berlinois a depuis été repris par de nombreuses villes. Chaque grande ville intègre désormais une « Nuit des Musées » dans sa programmation événementielle annuelle. Des variantes en sont également proposées (Nuit de la Musique, de la Science, des Chteaux, des Clubs, des Thétres, du Conte, etc.). En 2002, M. Delanoé«, maire de Paris, crée l’événement « Nuit blanche » qui propose gratuitement l’ouverture au public de musées, institutions culturelles et autres espaces publics ou privés. Depuis, la fièvre événementielle culturelle s’est étendue à  de nombreuses villes qui ont repris les modèles berlinois et parisien. Museum Night Fever à  Bruxelles, Noche en Blanco à  Lima, Seoul Open Night, et en passant par Rome et Montréal, Toronto, Chicago, mais aussi Metz, Lucerne, Berne, St.Gall, Ble, Lausanne, etc. En 2010, à  Lausanne, La Nuit des musées (payante: 10 francs) a attiré 58’000 visiteurs en 2010 et le Festival de la cité 50’000.
Genève commence … à  y penser !

Au menu de la nuit genevoise: arts visuels, design et architecture, paysagisme. cinéma et vidéo

Porte-parole de « Quartier de Lune », Renate Cornu a présenté le concept d’une manifestation annuelle et gratuite qui devrait se dérouler à  Genève durant  le premier week-end d’octobre. L’association compte alors privilégier une approche plus largement ouverte sur le rôle de la création dans sa globalité et d’associer aux arts visuels le design et l’architecture, le paysagisme ou encore le cinéma, et la vidéo, domaines de compétences reconnues à  Genève. « D’une part, tous les musées, fondations publiques ou privées présents sur le canton seront invités à  participer afin d’offrir l’accès gratuit de leursLange Nacht der Museen collections ou expositions temporaires en nocturne. D’autre part, travaillé comme un ruban reliant les institutions, un parcours « Nuit Blanche» s’étendra à  l’espace urbain, un terrain encore peu exploré à  Genève. Au moins une dizaine de stations pourront favoriser la découverte. Essaimée en ville ou dans des communes, à  l’intérieur d’édifices qui n’ont en principe pas pour vocation d’accueillir l’art contemporain la manifestation s’étendra aux sites les plus insolites. Entre projections dans des parcs et places, dans des salles de cinéma de quartier, ou encore dans des églises « Nuit Blanche» fera glisser l’art contemporain au coeur de la cité et ses environs. Ces nouvelles plateformes pour la création contemporaine auront l’avantage de diversifier le programme en lui donnant un impact original.

Chaque musée ou fondation qui souhaitera participer à  la « Nuit blanche des Musées» accueillera ses visiteurs dès 18h et restera ouvert si possible jusqu’à  2h du matin. Les animations et expositions seront de leur ressort exclusif. Pour relier les divers lieux du parcours, les visiteurs bénéficieront d’un circuit de navettes durant toutes les heures d’ouverture nocturne. Pour l’organisation, l’association se chargera de mettre sur pied un groupe de pilotage qui de son côté constituera une commission scientifique en  collaboration avec la direction des musées de la Ville et de la direction de la HEAD (Haute Ecole d’Art et de Design) en vue de la nomination d’un-e commissaire général-e de la manifestation. Le groupe de pilotage lui assurera le lien entre les musées et fondations privées. »

Une nuit qui draine un public inhabituel

A l’occasion de la Journée d’étude « Nuits des Musées », organisée en 2005 par le Conseil bruxellois des Musées, deux enquêtes des publics ont été menées dans 14 musées différents dans le cadre de la Nuit, elles ont permis plusieurs constatations :
– Seulement 20% des personnes interrogées avaient visité le musée où se déroulait l’interview, dans les 12 derniers mois. 80 % des personnes interrogées visitaient ce musée pour la première fois.
– Les participants à  la Nuit des Musées sont pour un tiers, des « habitués » des musées ; un second tiers visite les musées de la ville 1 à  3 fois par an ; un autre tiers ne visite quasiment pas les musées en dehors de la Nuit.
– 75% du public ne connaît en effet pas plus de 10 institutions sur les 40 participantes.
– Plus de 60 % des visiteurs confirment que la Lange Nacht a éveillé leur intérêt pour un ou plusieurs musées qu’ils souhaiteraient visiter en dehors de la Nuit.
– Cet événement remporte surtout du succès auprès d’un public local, même si la Nuit peut parfois accueillir jusqu’à  20% d’étrangers.

Notte Bianca, Roma

Vue des escaliers conduisant au Capitole pendant l’édition 2006 de Notte bianca, à  Rome. © Alessio Damato

Une organisation désormais parfaitement balisée

Lors de ces événements, sept éléments sont partout présents :

  • des musées et des institutions artistiques accessibles à  un moment inhabituel (en soirée, jusqu’au petit matin)

  • des musées dévoilant différents aspects de leur travail (ex : accès aux réserves, aux ateliers de restauration…)

  • grande accessibilité des activités proposées par les services pédagogiques

  • des musées accueillant des événements culturels

  • un système de transport offrant la possibilité aux visiteurs de se déplacer aisément de lieu en lieu

  • un ticket général donnant accès à  tous les musées, expositions et événements figurant dans le programme général. (Certaines nuits sont payantes comme à  Berlin – 10 euros comprenant le transport – d’autres gratuites. (ndlr).)

  • un dépliant reprenant le programme de la Nuit et permettant au visiteur de faire son choix parmi les nombreuses activités proposées.

A Genève, le projet de l’association «Quartier de lune» ambitionne de représenter pour la « Nuit blanche des Musées »  la synthèse entre valorisation du patrimoine et création contemporaine, entre lieux institutionnels et domaine public.

Jacques Magnol

Pour en savoir plus:

L’association «Quartier de Lune» a pour président Christian Geissbühler, et pour vice-présidente Anne Biéler.

Les performances socio-économiques du secteur culturel et créatif. L’initiative d’une Nuit blanche genevoise est, comme les innombrables festivals qui se déroulent tout au long de l’année, de nature à  renforcer l’attractivité de la ville et contribuer à  l’activité économique du secteur créatif. Ce n’est que récemment que l’on commence, en Suisse, à  s’intéresser à  mesurer les performances socio-économiques du secteur culturel et créatif.En décembre 2008, Luc Recordon, conseiller aux Etats vaudois, avait déposé, devant l’Assemblée fédérale, une motion pour un €œSoutien à  la culture dans le contexte de la crise économique qui s’annonce’ dont l’enjeu était €œd’examiner toutes les manières de favoriser les diverses branches de la culture.
La motion était co-signée par Robert Cramer, Claude Janiak, Liliane Maury Pasquier, Gisèle Ory et Géraldine Savary. Dans sa réponse du 11 février 2009, le Conseil fédéral a relevé que €œDes études ont montré que la demande des particuliers en matière de culture reste relativement stable, même dans les périodes économiquement délicates. C’est pourquoi le Conseil fédéral estime peu indiqué de prendre des mesures conjoncturelles spécifiques au domaine de la culture, et ce même dans le cadre d’un éventuel deuxième programme fédéral de stabilisation’. Et la motion fut rejetée le 11 mars 2009.
Suite: lire sur GenèveActive.com « Comment la culture dope le développement économique et social« . (article, mai 2009)

– Le Conseil fédéral n’avait probablement pas pris la mesure du rôle économique de la culture car, à  la même époque, la crise avait poussé les Français dans les musées et les cinémas. Des résultats semblent contredire l’idée selon laquelle la crise affecterait le budget loisir des Français. «La crise n’a pas fait de dégts sur ce type de sortie. Au contraire, avec les événements, les gens ont envie de s’évader, de se recentrer sur la vie privée, avec des activités en famille, entre amis», explique Lucile Zizi, de la Direction nationale des musées.

Qu’est ce que l’emploi culturel ? voir la définition en fin d’article.

L’édition 2011 de la «Nuit européenne des musées» aura lieu le 14 mai. Chaque année, la manifestation se tient le samedi le plus proche du 18 mai, la date de la « Journée internationale des musées » de l’ICOM (Conseil international des musées) depuis 30 ans, a été adoptée pour célébrer la «Nuit européenne des musées». Les deux manifestations se font ainsi mutuellement écho et marquent, avec d’autres manifestations importantes comme le Museums & Galleries Month au Royaume-Uni, le mois de mai comme le mois des musées en Europe.

http://nuitdesmusees.culture.fr/

Lange Nacht der Museen.

Nuit blanche. Paris

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Publié dans expositions, scènes
2 commentaires pour “Genève voit venir sa nuit blanche de la culture
  1. Yann dit :

    On l’impression que seule la ville de Lausanne bouge. Si la ville a su reprendre l’idée de la fête de la musique, pourquoi pas celle des musées et des théâtres et d’autres? c’est son job, les millions ne manquent pas pour le saupoudrage des petits festivals, donc

  2. luc dit :

    N’oubliez-pas la Nuit de la longeole d’Aire-la-Ville, un grand événement rassembleur convivial et populaire qui a lieu en février.

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