Genève ville de culture ?

Rubrique Opinions : Alfonso Vásquez Unternahrer.

Genève ville de culture? Quel est le vrai rôle de l’art et de la culture dans la cité ? On parle beaucoup de culture ces derniers temps à Genève, classifiée comme « ville de la culture ». Mais, de quelle culture parle-t-on? De la superstructure culturelle; des musées, du Grand Théâtre, des bibliothèques ? Ou de la culture vivante, des acteurs culturels, ceux qui font la culture au quotidien, ceux qui participent à la construction de l’identité culturelle de Genève ?
Ces dernières années, on assiste à la disparition du tissu culturel genevois, d’une façon quasi systématique et à bas bruit. En aucune réaction à la dégradation de l’ambiance culturelle à Genève. Cela commença par la disparition des squats, puis Artamis est condamné et 360 ateliers réunis dans un seul endroit disparaissent. Le théâtre Galpón, le K-Bar, L’étage, Le Piment Rouge, la cinémathèque réunis dans un même espace, disparurent aussi, laissant des centaines des jeunes à la rue, cantonnés à l’Usine avec tous les problèmes qu’on connaît de nuisance sonore, etc.

Artamis était un espace culturel au cœur de la cité. Un espace unique qui, si les pouvoirs publics avaient contribué à l’améliorer, le centre-ville aurait aujourd’hui un endroit dédié à la création. Centre de création qui aurait continué à rayonner au de-là de la ville, du canton, du pays. Centre qui serait devenu un point de référence de la ville culturelle romande et de son rayonnement.
Malheureusement la spéculation immobilière a gagné la partie. En effet, après la dépollution du site, Artamis aurait pu continuer à être dédié à l’art et la culture dans des meilleures conditions, envisager la construction d’une école d’art dans ses murs. Mais il est interdit de rêver. Et puis… trop tard.

Quel est le véritable rôle de la culture dans une société ?

On a perdu une excellente opportunité d’avoir à Genève l’équivalent d’une Rote Fabrik, mais l’indifférence, la spéculation immobilière et l’individualisme ont primé et ont entrainé l’absence d’une vraie ambiance créative à Genève comme à Berlin, Barcelone ou Rio de Janeiro. Les cinq dernières années d’Artamis ont été une désolation, crève-cœur, le site fut pratiquement abandonné par ces occupants, plus d’associations ni une vrai vie d’échanges entres les ateliers. Finie l’activité pluridisciplinaire, comme il y a tellement au Brésil ou ailleurs. C’est vrai que l’échange avec la communauté aurait dû être amélioré. Ainsi, énormément de gens dans le quartier n’avait aucune idée des ateliers d’art à Artamis. Pour les habitants, c’était un centre de drogués, un lieu de défonce. Les habitants de la Jonction avait peur d’Artamis, les pouvoirs publics n’ont jamais fait aucun effort pour que ce soit différen! t mais les artistes ont eu aussi leur part de responsabilité, bien sûr. Une fois, j’ai voulu faire un atelier de dessin avec la classe de mon fils qui à l’époque était à l’école Carl Vogt mais les parents ont interdit à leurs enfants d’y aller.

Quel est le véritable rôle que doit avoir l’art, la culture dans une société ? Doit-elle est juste valorisée quand elle est cotée dans le marché de l’art ? Doit-elle être déconnectée de la réalité de la société ? Le dynamisme du Forum Meyrin, de l’Undertown, des salles des théâtres genevoises et le travail héroïque des Maison des Quartier ne doivent pas masquer la réalité ni servir d’alibi. Ceux qui travaillent d’arrache-pied pour établir un certain contact entre l’art, la culture et la communauté, font espérer qu’il est encore possible de croire à une démocratisation de la culture à Genève et d’échapper à « l’elitisation » galopante de notre ville. Mais, peut-on parler des salaires des gens qui mènent ce combat ? Ou bien serait-il indécent de dire que la précarité guette tous ceux que veulent réaliser un travail social, d’intégration des étrangers, d’éducation citoyenne à travers l’art et la création artis! tique ?
Il existe un univers de la culture alternative genevoise, des endroits qui s’efforcent, vaillamment, d’amener un peu de créativité et d’actions culturelles, comme L’Ecurie, Le Cabinet, la Gravière, la Fonderie Kugler, l’AMR. Mais ce sont des endroits qui privilégient surtout la musique. Mais quid de la sculpture, la peinture, la littérature… ?
Les galeries de la rue des Bains ne sont pas d’un accès facile ni facilité pour qui commencent dans la profession ou qui n’ont pas d’entré dans ce circuit commercial. Les ateliers répartis entre la Jonction et Pictet sombrent lentement dans le silence : le Velodrome a un site (1) que n’est pas actualisé depuis 2009. Pas d’information sur place non plus ; quand on a voulu savoir ce qui se passe, il n’y avait personne pour répondre. Après quelques recherches on a réussi à trouver le site de Picto, Espace d’art polyvalent (2). Ou on apprend qu’il y a une centaine d’ateliers, pas plus.
Reste Kugler, comme un ultime bastion de la culture et la création genevoise ouvert au publique.
Cette année, la Terrasse du Troc, seul festival itinérant, authentiquement populaire qui prenait racine dans les quartiers, après six ans de vie intense et après avoir développé un travail de proximité culturelle à Saint-Jean, la Batille, et Geisendorf est supprimé, sans que, jusqu’à maintenant, on ne sache vraiment pourquoi (On attend une explication du département de Mme Adler sur le sujet). Ex-Machine ferme aussi ses portes mettant fin à cinq ans de travail: « Nous nous sommes trouvés face à la nécessité de renforcer quelque peu notre espace d’accueil et de création. Malheureusement, les démarches entreprises n’ont pas abouti et force est de constater qu’il est, encore de nos jours, bien difficile de faire valoir la dimension professionnelle d’activités du type culturel ou artistique”.
Et le seul endroit associatif latino-américain, Tierra Incógnita, meurt de fatigue et manque de soutien.
Malheureusement, l’histoire est très souvent ignorée mais en 1820, quand en Suisse il y avait des gens qui avaient faim (eh oui !) 6 bateaux, remplis de Fribourgeois sont partis vers le Brésil, et à partir de là, un exode vers toute l’Amérique Latine s’est organisé. Les Suisse y furent reçus les bras ouvert et ils y vivent aujourd’hui très bien intégrés. Des milliers de familles d’origine suisse, migration dont moi-même je suis descendant. Alors, cela fait très mal quand des politiciens vous disent qu’il faut remercier pour le peu qu’on vous donne et ils ne se gênent pas de vous faire remarquer que vous êtes un étranger, quand vous voulez faire un travail de divulgation, de mélange, des arts et cultures d’un continent si prolifique et aider ceux qui viennent vivre ici à s’intégrer.

Quel statut pour les travailleurs de la culture ?

Dans le projet de loi de la culture cantonal, on remarque que le chapitre (chapitre V, art. 13) sur le social, sur la situation des acteurs culturels, (artistes, techniciens et autres intervenants) n’apporte rien sur le statut des travailleurs de la culture, aucune reconnaissance du statut d’intermittent, ni de ses droit sociaux. Seulement, ceux qui ont déjà droit à des subventions ont quelques avantages mais les autres ? Le bureau du Lac qui d’une certaine façon reconnaissait la différence des acteurs culturels par rapport à d’autres professions a disparu lui aussi. Et dans le futur, le RMCAS, où se réfugie une majorité de travailleurs de la culture disparaitra aussi, renvoyant ceux qui travaillent pour le « rayonnement et l’esprit d’ouverture de Genève » à l’Hospice General.
A part d’être condamnés à la précarité et à aucune reconnaissance, on doit entendre des commentaires comme celui de Mr. Stéphane Florey, qui déclare que toute activité artistique est un hobby, et renvoi les artistes à prendre leurs responsabilités ( ?). Ce commentaire révèle la profonde ignorance de l’auteur de ce qu’est le travail d’un artiste ou d’un travailleur de la culture , parce que, quand vous allez au théâtre, il y a toute une équipe qui travaille très dure pour que ce spectacle soit possible, Monsieur Florey, un/e danseur/se du grand théâtre, se sont des longues années de travail, très intenses, pénibles, je vous l’assure. Un Festival comme Anti-Gel ne s’organise pas en quelques rencontres entre copains, mais c’est le fruit d’énormément de travail, d’une équipe le plus professionnelle possible. Le projet lumière d’une pièce de théâtre ne peut être fait quelques heures après le bureau. Une exposition de peinture ! représente de longues heures de travail devant la toile. Mr Florey, avec son commentaire, a insulté beaucoup de gens qui travaillent très sérieusement et qui ne sont surtout pas des parasites de la société. Au contraire, parce que, dans 200 ans, ce n’est, surtout pas des politiciens dont l’histoire va se souvenir mais des peintres, des poètes, des écrivains, des architectes… Qui construisent l’héritage culturel de cette nation. Comme cela a toujours été. Depuis l’Égypte ancienne, ce sont les œuvres d’art qui ont traversé les siècles et non les petits hommes politiques, parce que si n’importe qui peut être un politicien pas n’importe qui peut être un véritable artiste mais cela, des gens comme Mr Florey ne le comprendront jamais.

Si quelqu’un vient de l’étranger veut connaitre la création genevoise, il va trouver un vide, puisque hors des galeries internationales, ni dans le site du canton, ni dans celui de la ville on peut trouver des informations sur les artistes à Genève. Kugler et les autres sites à la création ébouriffée ne sont connus que par quelques initiés. Déjà que, la création genevoise se distingue par un individualisme caractéristique de la ville de Calvin, il très difficile d’avoir des informations sur les créateurs genevois. C’est un peu chacun pour soi. Mais, il y a encore, et il y aura toujours, des irréductibles qui continueront le combat pour la valorisation de l’art et de la culture dans notre société. Et promouvoir le statut du travailleur de la culture, jusqu’à sa reconnaissance professionnelle. Genève ville de la culture? Oui, mais il y a encore beaucoup à faire. Nous les artistes et les petites mains qu’on ne voit jamais et sans qui rien! ne serait possible sommes à votre disposition pour ouvrir ce débat. Et c’est urgent, très urgent.

Alfonso Vásquez Unternahrer.
(En collaboration avec Jean-Yves Le Garrec- Ecrivain).

Rédacteur-chef du www.hebdolatino.ch
Ex-chef technique de la Terrasse du Troc
Eclairagiste

(1)    http://jonction-geneve.blogspot.ch/
(2)    http://www.pictonet.ch/association.php

 

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