Echos chorégraphiques et physicalité extrême. Le corps réinventé de « Dub Love »

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Remixage chorégraphique

D’entrée de jeu, c’est cet état d’attention, d’éveil permanent de ductilité agile tant physique que mentale qui frappe dans la puissance rythmique et plastique, poétique et physique à l’oeuvre. Du dub né en Jamaïque dans les années 60 et issu du reggae couplant batterie et basse à des effets de son jouant de l’écho et du tuilage, la pièce rapatrie le muralisme sonore, une scénographie aux effets du bulle kinesthésique tissée d’enceintes pulsant les infrabasses guidées par un DJ réunionnais. Le binôme Bengolea-Chaignaud écrit en note d’intention : « Le dub, considéré comme la matrice de toutes les musiques électroniques, est né à la fin des années 60 en Jamaïque. » Mais « surtout cette musique qui se dérobe et se réinvente sans cesse réveille, encourage, éclaire, interroge. Où est l’ennemi ? Qui sont les oubliés de cette liberté insatiable promise par le capitalisme (Babylone) ? Comment se réunir ? Cette musique concrète, dont les vibrations apaisent et les paroles dénoncent, nous amène à composer une chorégraphie qui soit elle aussi ‘dubée’: entre une composition pré-existante et une post-composition, le remixage de danses s’opère en temps réel sur scène.»

La question de la réunion, des danses en cercle, communautaires (Laban, Dalcroze, Malkovsky…) est souvent au centre du travail de Cecilia Bengolea et François Chaignaud comme en témoigne Danse libre. Ce quatuor dansé où les corps des interprètes sont intégralement peints selon des teintes chères aux Nabis et autres Fauves, réactive l’œuvre oubliée d’un pionner avant-gardiste en la prolongeant au contemporain. Ainsi le naturiste et « danseur-philosophe », François Malkovsky (1889-1982), puise dans la danses d’Isadora Duncan et, comme elle, trouve son inspiration dans la contemplation des sculptures antiques et de son étude des mouvements naturels et animaliers. « Nous ne sommes rien, disait le chorégraphe. Nous ne sommes que le canal par lequel passe la substance de toutes choses qui agit à travers nous». François Malkovsky demandait à ses élèves de se vider de toutes leurs tensions, de tendre à une immobilité se confondant avec le neutre, celle du pendule revenu au point mort.

Sur le mash up ou mélange entre plusieurs styles et expressions dansées, François Chaignaud souligne : « L’hybridation est une manière rapide, commode, de subsumer les pièces dont Dub Love. Qui marque une rencontre entre une culture musicale, le dub et une invention chorégraphique puisant son inspiration dans l’utilisation des pointes qui ne se fond pas dans une refiguration du classique romantique propre au ballet et le dub, il s’agit d’une rencontre entre un objet, le dub, et une culture ayant imaginé un langage singulier, vibratoire. »

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Publié dans danse, musique
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