Deux questions à des auteurs de théâtre de Suisse romande

Lors de la quatrième soirée des Rencontres théâtrales, deux questions portant sur le soutien accordé aux auteurs de théâtre ont été posées à des auteurs romands. Voici les réponses d’Olivier Chiacchiari, Manon Pulver, Alexandre Friederich, Julie Gilbert et Valérie Poirier. La page reste ouverte pour de nouvelles contributions.

 « Les Métiers du théâtre« , 1er novembre 2012.

Olivier Chiacchiari, auteur de plus de vingt pièces dont la plupart ont été jouées.

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– Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

Vaste question à laquelle je vais tenter de répondre brièvement. Tout d’abord, de quel soutien parle-t-on? Soutien financier? En ce qui concerne le salaire ou les revenus, ce qu’il faut savoir, c’est que l’auteur de théâtre n’est pas reconnu comme intermittent du spectacle. Il ne peut pas prétendre aux allocations chômage, ce qui lui confère d’emblée un statut à part et très précaire. Pour le reste, sur les sources de financement, à mon sens il y a bien assez de bourses, d’aides, de concours d’écriture, etc. Mais ce constat n’engage que moi.

En revanche, je pense qu’il serait souhaitable d’encourager les théâtres et les compagnies à solliciter davantage les auteurs, à leur passer des commandes, à les intégrer au cœur des créations et des institutions, afin que les auteurs vivants n’aient plus à quémander leur pitance dans l’indifférence quasi générale. Il faudrait inscrire dans les priorités de tous le développement des écritures contemporaines et l’émergence de fables nouvelles. Les fables sont la matière première du théâtre. Les fables d’hier, bien sûr, mais aussi celles d’aujourd’hui, et surtout celles de demain. Ce sont elles qui garantissent la vitalité et la pérennité du théâtre, et pourtant ce sont elles qu’on encourage le moins. Regrettable paradoxe.

– Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez dans votre pratique d’auteur de théâtre ?

A ce stade de mon parcours, mon principal problème n’est pas d’être joué, mais de ne pas pouvoir m’exporter. Dès lors que mon travail a rencontré un succès local, j’ai ambitionné de dépasser les frontières, via des tournées, des partenariats avec des théâtres étrangers, etc. Et là, je me suis heurté à un vide absolu. A Genève, une fois qu’une pièce contemporaine a été créée – avec succès ou non, ça ne change rien à l’affaire -, nul ne la remonte jamais. Ou rarement. Par conséquent, si l’auteur n’élargit pas ses horizons, il est condamné à écrire sans cesse des pièces à usage unique, sans répit ni avenir.

Pour ma part, il manque à Genève un théâtre d’envergure internationale, du type Vidy, capable de faire rayonner les artistes genevois dans le monde entier. Cette carence majeure ne pénalise pas uniquement les auteurs, mais l’entier de la profession. Si la production locale est profuse et variée, une politique d’exportation fait cruellement défaut. Prolonger et exploiter nos productions au-delà des frontières nous rendraient tous bénéficiaires, à bien des égards. Alors pourquoi ne pas œuvrer collectivement et systématiquement dans ce sens?
Rappelons qu’à Genève le théâtre fut interdit par la Réforme aux 17e et 18e siècles. Subsiste-t-il encore une crainte, en cette ville de Calvin, de créer en pleine lumière et de le faire savoir au plus grand nombre? La question mérite d’être posée.

Olivier Chiacchiari, octobre 2012
Interviews à écouter sur geneveactive: Le vilain petit mouton n’est pas celui que l’on croit (2012);  La maternité au sein du couple  (2006); La Cour des Petits, (2006).

 

 Manon Pulver

– Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

Un regard inquiet et légèrement mélancolique, parfois énervé aussi.

– Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez dans votre pratique d’auteur de théâtre ?

Manque de moyens financiers ce qui signifie manque de temps, autant dire de tout, car le temps est l’espace de création de l’auteur. Imaginez qu’on vous dise que pour votre prochain enfant, neuf mois de grossesse c’est beaucoup trop long, beaucoup trop cher, on n’a plus les moyens. Débrouillez-vous. Après tout, vous n’avez qu’à faire comme les lapins, ils y arrivent bien en 35 jours eux. Mais attention, on attend quand même le petit Jésus!
Eh bien, c’est à peu près la situation des auteurs de théâtre actuellement.

Manon Pulver

 

Alexandre Friederich

– Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

Les bourses de résidence sont généreuses.

– Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez dans votre pratique d’auteur de théâtre ?

Il n’y a aucune place pour les écrivains de théâtre.

Alexandre Friederich

 

Julie Gilbert

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

Actuellement, je dirais, sans entrer spécifiquement dans les détails, qu’il y a pas mal d’aides accordées aux auteurs mais par contre je trouve qu’il y a un vrai problème de place donnée aux auteurs. Finalement, il y a peu d’auteurs (juste auteurs) associés à des théâtres, peu/pas d’auteurs, directeurs de théâtre. Donc on pourrait dire peu d’auteurs qui ont le pouvoir d’avoir une politique d’auteurs! D’avoir une réflexion à partir de l’écriture.
Parmi les différents soutiens que j’ai pu avoir, la résidence dans la zone d’écriture au Théâtre du Grütli a été particulièrement intéressante comme configuration. En effet, en se référant à Virginia Woolf dans son livre “Une chambre à soi”, il s’agissait à la fois d’un soutien financier (salaire mensuel pendant trois mois), d’un lieu (les boîtes d’écriture) mais aussi d’une visibilité (des rendez-vous publics tous les vendredi où faire entendre nos textes en cours) puis plus tard la possibilité de mettre en scène le texte. Cet accompagnement a été à mon sens très convaincant, car complet. Ça serait intéressant qu’il y ait d’autres propositions de cet ordre!

Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez ?

Celle d’avoir ses textes joués! Quand on est un auteur vivant et qu’on ne travaille pas régulièrement avec un metteur en scène, il est souvent difficile de faire exister ses textes. Car, bien sûr c’est un engagement de monter un texte contemporain, d’y trouver une résonance. Et comme il ne s’agit pas d’obliger des metteurs en scène à monter ces pièces (!) parfois cette situation pousse les auteurs à devenir des metteurs en scène, ce qui n’est pas forcément leur volonté au départ.

Julie Gilbert

 

Valérie Poirier

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle ?

En dehors de bourses ou de concours, il n’y a pas d’aides accordées aux auteurs. On ne peut en bénéficier que sporadiquement. Ce sont les théâtres qui (trop rarement) peuvent décider de passer commande aux auteurs, et les compagnies indépendantes n’ont souvent pas les moyens de le faire. Il faudrait, la SSA va déjà dans ce sens, inciter ces dernières à collaborer avec les auteurs en leur accordant une aide spécifique.

Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez dans votre pratique d’auteur de théâtre ?

L’édition est un problème depuis que les éditions Campiche ont cessé d’éditer du théâtre. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les gens de la profession n’ont pas montré une folle curiosité pour ce qui s’éditait chez Bernard Campiche. Ça reflète un certain désintérêt pour l’écriture théâtrale romande. (Il y a bien sûr des exceptions, certains théâtres, je pense plus particulièrement au Poche, font un travail remarquable dans ce sens).
De ne pas participer suffisamment à la vie des théâtres. Je souhaiterais qu’on nous sollicite davantage. Que plus de spectacles soient créés en collaboration avec des auteurs. Il y a la commande, certes, mais on peut envisager davantage d’interactions entre le travail du plateau et celui de l’écriture.

Valérie Poirier

Interviews à écouter sur geneveactive: Martine Paschoud à l’occasion de sa mise en scène du texte de Valérie Poirier : Loin du bal.

 

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