Des grands noms du Métal et du Punk Rock au fil de l’eau

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Madball (Etats-Unis). Festival Biubstock.

Organisée par des jeunes pousses énergiques originaires de la campagne genevoise, le Festival Biubstock présentait en août 2013, 45 ans jour pour jour après le mythique Woodstock, l’affiche festivalière sans doute la plus étendue de Métal et de Punk Rock vue à Genève avec Jello Biafra en tête de gondole. Ce chanteur mythique des Dead Kennedys, militant écologiste et politicien provocateur s’étant présenté à l’élection présidentielle américaine avec comme colistier un condamné à mort, enflamma la Patinoire des Vernets avec un sens du show accompli, un punk carré et efficace et des versets altermondialistes. Retour sur un Festival qui se cherche à défaut d’avoir trouver tout son potentiel public.

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Jello Biafra and the Guantanamo School of Medicine

Contre

A 55 ans, le vétéran politisé du punk rock californien, Jello Biafra (ex Dead Kennedys), n’a rien perdu de la théâtralité mimographique et satirique de son jeu de scène ce fanatique de rock garage servi à la manière punk.Membre du Parti Vert étasunien, cet ex candidat à l’investiture pour la Présidence en 2000 a formé un ticket avec un condamné à mort (injustement sanctionné selon lui) qui vit toujours en attente d’exécution. Jello Biafra est aujourd’hui plus que jamais cette force majeure du rock alternatif californien et un incompressible touche-à-tout. Ainsi l’attaque de guitares hurlantes est impeccable pour le titre John Dillinger de 2011 en hommage au gangster légendaire dans les attaques de banques et considéré comme le Robin des bois des temps modernes lors de la Grande Dépression, les antiques et par instants à bout de souffle, Holidays in Cambodia, Nazi Punks Fuck Off, California über alles. Un ensemble de titres incendiaires qui auraient pu être puisés à l’époque dans une partie du grenier des chansons égarées de Throbbing Gristle, groupe de musique expérimentale ayant vu le jour à Londres (1975-2010). C’était et demeure du punk véloce, brut de décoffrage et puissant qui a su posé, à la fin des années 70, ses riffs ciselés au rasoir sur des reprises aussi inattendues que Back in the USSR, Viva Las Vegas et Rawhide. En tant qu’admirateur de Suicide, avec ce sens du show à la Iggy Pop, Biafra a su conserver son côté déjanté dans le dessein de laisser sourdre son désarroi intime et ses colères.

Entre riffs saignants, basse ravageuses, batterie subsonique et titres cultes, Biafra se fait prêcheur altermondialiste « indigné et Occupy » attaquant les principaux acteurs économiques de la mondialisation : le système bancaire et ses dérives, la mise en coupe réglée de certains Etats européens par le FMI et la Banque Mondiale, les gangsters de la finance, la Mafiafrique et autre « bubulle spéculative » pour finir par… Nestlé. Convenu ? Peut-être. Mais face à l’apolitisme de la quasi totalité des groupes de Hard Rock, Heavy Metal, Death Metal, Punk Rock Folk à l’affiche du Festival Biubstock, les harangues de Mister Jello et Dr Biafra ont de quoi déboutonner les oreilles intergénérationnelles de l’assistance. Qui recueille punks grisonnants certifiés d’époque, gothiques, adeptes de Crossover, Speed et Brutal Metal, fans de Melodic Death Metal, trashs gentils façon Tokyo Hotel sous Placebo et pogotteurs d’un soir faisant surfer de leur forêt de bras tuteurs dressés sur la foule, l’icône bedonnante Jello Biafra, fuselant sa tessiture singulière, sorte de lamento chevrotant et colérique sur California über alles. On imagine mal aujourd’hui l’impact qu’eut ce titre à sa sortie en 1979 sur le premier single des Dead Kennedys, qui stigmatisait et ridiculisait l’establishment libéral et un brin progressiste en terre californienne.

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Madball (Etats-Unis). Festival Biubstock

D’un morceau à l’autre, on navigue au fil de transitions savoureusement orchestrées comme des ballades tout en suspens rappelant que l’homme fut dans ses disques en solo, dont Light is Flitering, un excellent scénariste d’atmosphères instrumentales. L’American Prayer monte alors en chaire en dénonçant les effets délétères l’extraction du gaz de schiste (sa bête noire de l’année), nouvel eldorado mortifère des majors pétrolières US si ce n’est objet de l’un des films les plus accomplis de Gus Van Sant, Promised Land avec Matt Damon, l. Parmi les croisades contre l’establishment, figure en tête de gondole, l’actuel « Governator » californien, l’inoxydable ultrarépublicain Arnold Schwarzenegger qu’il imite souriant jusqu’à la balafre faciale figée au botox, marchand d’un pas robotique (Terminator, encore) et se shootant les veines à des substances dopantes. Sa chemise colorée de motifs africanisant le transforme en Robert Mugabe de la diatribe, avec un égal côté monstrueux et castriste dans la harangue. Tout est « hénaurme » chez cette homme qui vit le jour sous le nom d’Eric Boucher au Colorado et choisit son nom de scène en référence à une marque de douceurs gélatineuses (Jello) est de l’une des pires famines, consécutive à un conflit instrumentalisé par L’Angleterre et la France, qui frappa le continent africain, celle qui eut lieu au Biafra de 1968 à 1970, et où deux millions de personnes sont mortes de faim, de soif et d’épidémies.

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