Des bébés au théâtre, est-ce vraiment sérieux ?

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« Nota Bébés », un spectacle de Guy Jutard au Théâtre des Marionnettes. © Cédric Vincensini.

Le théâtre pour les très petits n’est-il qu’un stratagème commercial de plus pour attirer le public devenu adulte dans les salles de spectacle ? A l’occasion de sa mise en scène de Nota Bébés, Guy Jutard livre un joyeux plaidoyer en faveur de la présence des tout-petits au théâtre.

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« Grand-Père », spectacle de Guy Jutard.

« Assemblés en petit nombre dans un lieu de spectacle, la qualité d’écoute des très jeunes spectateurs est étonnante. L’attention aux images, aux mots, aux chants est tout simplement incroyable. La mémoire qu’ils conserveront de ce moment de théâtre, le souvenir des gestes, des paroles ou de la musique en surprendra plus d’un.

Des bébés, est-ce vraiment sérieux ? Le théâtre pour les très petits n’est-il qu’un stratagème commercial de plus pour attirer le public devenu adulte dans les salles de spectacle ? Procède-t-il d’un « tout culturel » prôné par quelques élites ? Le théâtre pour très jeunes enfants est une chose éminemment sérieuse : les créateurs qui s’y attellent sont étonnés par l’exigence qualitative de la démarche, parfois bien supérieure à celles d’œuvres destinées aux adultes.

Oublierait-on ce que sont les trois premières années d’apprentissage de leur vie : trente six mois d’acquisitions fondatrices et déterminantes tant sur le plan physique que psychique. Trente-six mois d’impressions premières dont on sait ─ grâce à la psychanalyse ─ qu’elles vont rester ancrées la vie durant dans le plus profond de l’inconscient. Ainsi, de la moindre parole, de la moindre pensée, le petit être se construit, enrichit sa personnalité. Et on sait combien la qualité de son environnement physique et psychique est déterminante, tant abondent de nos jours les contre-exemples.

Comme pour l’adulte, le spectacle de marionnettes pour les petits est une parenthèse poétique dans le quotidien. L’expérience de ce moment privilégié qu’est le temps de la représentation, vaut la peine d’être vécue en compagnie de ce petit monde. On est surpris par la qualité d’écoute, l’attention aux images, la participation gestuelle parfois, dont sont capables les très petits. Il plane dans cet échange fragile entre le comédien – marionnettiste et ce jeune public une vraie poésie.

Les créations pour les très petits permettent de renouveler une approche tant graphique que par le propos avec ce que l’on souhaite faire partager aux 1 à 3 ans. Il y a une volonté de tenir compte du pouvoir de compréhension et d’attention des plus jeunes. On travaille ainsi sur un ensemble de signes relativement connus de ces petits enfants en entrant des codes de jeu qui leur sont accessibles. D’où l’essai de soigner la proposition scénique du point de vue esthétique et au plan du verbe, de la musique et de l’image.

Il n’y a pas de message particulier à faire passer à ces petites pousses. Sous formes de clins d’œil, les adresses ou allusions sont davantage destinées aux parents et aux adultes qui les accompagnent. Car ces spectacles accueillent un nombre égal d’adultes et d’enfants. Il est alors amusant de tenter de suggérer quelques idées.

Guy Jutard

 

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NOTA BÉBÉS

Sur quelques fils tendus comme des cordes à linge, la comédienne accroche une étonnante lessive : un soleil dardant ses rayons comme une tache colorée jaune bonheur, des petits poissons multicolores, des oiseaux virevoltants, des petits bonshommes joueurs et les parents qui cadrent l’image et les jeux des tout-petits, moins interdits qu’un peu fous et tissés d’équilibres éphémères.
Ces petits récits musicaux, détournements enjoués du quotidien, nous disent le bonheur d’être au monde.

Dans cette promenade poétique qui emprunte au surréalisme enfantin, la comédienne est avare de mots. Si ce ne sont ceux des comptines. Ces comptines avaient déjà été abordées plus largement par Guy Jutard dans la création Turlututu, «  Les racines des comptines sont populaires, tant elles sont portées, transmises de génération en génération. Ces petites ritournelles sont l’essence de la poésie faite du plaisir des sonorités. Par leur aspect sonore, elles ont intéressé les Surréalistes et les Dadaïstes jusque dans leur dimension parfois absurde ou sans signification apparente.

Aux yeux du poète français Stéphane Mallarmé (1842-1898), les sons et la mélodie si liés au poème importaient parfois davantage que le sens. Les comptines constituent aussi un « parlé » rythmique, un ensemble d’énumérations qui font pleinement partie de l’enfance. Ainsi : « Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille. Il mouille, il pleut, c’est la fête aux poissons bleus. » Toute la poésie accompagnée d’un brin de folie est là. Les plus jeunes adorent l’énumération scandée, par exemple, par le premier personnage qui fait telle action, le second telle autre et le troisième, autre chose encore…. Nous sommes à un âge où l’enfant devine ses doigts et y enchaîne une suite de situations ou d’objets énumérés. »

Théâtre des Marionnettes. Genève.
17 février au 2 mars 2014.
Un spectacle de : Guy Jutard. Interprétation : Sandrine Girard. Marionnettes : Annemarie Roth Baud

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