Comment la culture dope le développement économique et social

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Photo Yi-hua WU.

Départie de son identité culturelle, la ville n’est qu’une enfilade de centres commerciaux et les villes les plus prospères du monde se reconnaissent à  leur identité culturelle. Le rôle du secteur culturel et créatif dans le contexte de la croissance et de l’emploi reste largement ignoré. 

 La « société de la connaissance », nouveau secteur phare

D’un tout autre avis, la Commission européenne culture estime que la croissance et l’emploi seront réalisés via de nouveaux investissements dans les industries des NTIC – considérées comme étant les industries-phare de la nouvelle économie – et en promouvant l’innovation, en particulier dans la « société de la connaissance ». Dans ce contexte, selon Luc Recordon, conseiller aux Etats vaudois, le rôle du secteur culturel et créatif  reste largement ignoré.

Ce n’est que récemment que l’on a commencé à  s’intéresser à  mesurer les performances socio-économiques du secteur culturel et créatif (voir la définition en bas de page). Et l’exercice est loin d’être consensuel. Pour beaucoup, la fonction de la culture est « d’éclairer » ou de divertir, et son apport économique est considéré comme marginal, confiné au domaine de l’intervention publique. D’où le manque d’outils statistiques à  même de mesurer la contribution économique et sociale du secteur culturel et créatif, que ce soit au niveau national, ou international, par rapport à  ce qui existe pour les autres secteurs économiques.
Une étude de la Commission européenne montre comment la culture tire le développement économique et social, ainsi que l’innovation et la cohésion. Le secteur culturel et créatif est un secteur de croissance, qui se développe plus rapidement que le reste de l’économie. La même constatation s’applique à  l’emploi culturel. Le secteur pourvoit en effet de nombreux emplois, divers et requérant souvent un haut  niveau de qualification. Là  encore le secteur présente de meilleures performances que le reste de l’économie. Le secteur tire aussi la croissance d’autres secteurs de l’économie européenne, et en particulier le secteur des NTIC.

L’impact socio-économique quantifiable du secteur culturel & créatif (Union Européenne)
(Source: Commission Européenne Culture)
Son chiffre d’affaires s’élevait à  plus de 654 milliards d’euros en 2003.
En comparaison, le chiffre d’affaires de l’industrie des fabricants de voiture s’élevait à   271 milliards d’euros en 2001 (rapport de l’ Association des Constructeurs Européens d’Automobiles, Bruxelles, mars 2006) et celui généré par les fabricants NTIC à  541 milliards d’euros en 2003 (chiffres pour l’UE-15, pays qui appartenaient à  l’Union européenne entre 1995 et 2004).
La même année:

  • Les activités immobilières contribuaient pour 2.1% au PNB communautaire.
  • Le secteur manufacturier alimentaire, des boissons et du tabac enregistrait une contribution de 1.9% au PNB communautaire.
  • L’industrie textile enregistrait une contribution de 0.5% du PNB communautaire.
  • L’industrie chimique, du caoutchouc et du plastique contribuait pour sa part au PNB communautaire à  hauteur de 2.3% (3)

Contribution à  la croissance:
La croissance globale de la valeur ajoutée du secteur a été de 19.7% en 1999-2003. La croissance du secteur en 1999-2003 était de 12.3% plus élevée à  la croissance du reste de l’économie.

Emploi
En 2004, 5.8 millions de personnes étaient employées dans le secteur, ce qui représente 3.1% des emplois totaux dans l’UE25.

Alors que l’emploi total a décru en 2002-2004 dans l’UE 25, il a augmenté dans le secteur culturel (+1.85%)

  • 46.8% des travailleurs dans le secteur ont au moins un diplôme universitaire (contre 25.7% dans l’emploi total)
  • La part des travailleurs indépendants est plus du double que dans l’emploi total (28.8% contre 14.1%)
  • Le secteur enregistre un taux de 17% de travailleurs temporaires (13.3% dans l’emploi total).
  • La part de travailleurs partiels est plus élevée (1 travailleur sur quatre contre 17.6% dans l’emploi total)

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 En Suisse, le rôle économique du secteur culturel et créatif reste largement ignoré

Luc Recordon, 16 mai 2009

En Suisse, il n’existe pas d’étude équivalente à celle réalisée par la Commission Européenne à  propos de l’économie créative. Le 16 mai, lors des réunions organisées par le RAAC à Genève, Luc Recordon, conseiller aux Etats vaudois, a repris le thème de l’économie créative et rappelé qu’il avait déjà  déposé en décembre 2008, devant l’Assemblée fédérale, une motion pour un « Soutien à  la culture dans le contexte de la crise économique qui s’annonce » dont l’enjeu était « d’examiner toutes les manières de favoriser les diverses branches de la culture, qui sont d’un enrichissement considérable pour la prospérité du pays au sens le plus large, y compris en tenant compte de l’effet de levier de la culture sur une consommation intérieure digne d’intérêt et sur le tourisme. Les secteurs concernés sont les plus variés: cinéma, théâtre, écriture, danse, musique, beaux-arts, photographie, édition et impression, etc. On mentionnera aussi l’effet favorable sur les conditions de vie souvent précaires des artistes et autres personnes actives dans le domaine culturel. Le rayonnement international de notre culture sera lui aussi pris en considération à  cette occasion ». La motion était co-signée par Robert Cramer, Claude Janiak, Liliane Maury Pasquier, Gisèle Ory et Géraldine Savary.

A l’appui de cette motion, Luc Recordon citait des chiffres évocateurs : « La culture, je crois que l’on n’en a pas assez conscience, est un secteur économique extrêmement important: non seulement elle présente un aspect proprement culturel, mais aussi elle doit être prise en considération dans une perspective conjoncturelle. On ne sait pas, en général, qu’elle représente plus de 4% du produit intérieur brut. On ne sait pas qu’en 2004 elle a créé presque 20 milliards de francs suisses de valeur ajoutée pour un chiffre d’affaires total estimé à  plus de 60 milliards de francs. ¨En termes d’emplois, si vous tenez compte des acteurs de la culture, non seulement des artistes proprement dits mais également de tous ceux qui concourent à  faire marcher le secteur culturel sur le plan technique et administratif, il semble que l’on doive compter une centaine de milliers d’emplois. Ces chiffres qui ont été publiés semblent reconnus. C’est donc un secteur qui représente en termes d’emplois à  peu près autant que le secteur financier ». (Lire l’intervention dans les procès-verbaux du Conseil national et du Conseil des Etats).

Dans sa réponse du 11 février 2009, le Conseil fédéral a relevé que « Des études ont montré que la demande des particuliers en matière de culture reste relativement stable, même dans les périodes économiquement délicates. C’est pourquoi le Conseil fédéral estime peu indiqué de prendre des mesures conjoncturelles spécifiques au domaine de la culture, et ce même dans le cadre d’un éventuel deuxième programme fédéral de stabilisation ». Et la motion fut rejetée le 11 mars 2009…

 Jacques Magnol

Les thèmes de l’économie créative seront à  suivre lors des prochains débats/conférences organisés par GenèveActive.ch

Note
Au mois de mars 2000, lors du Sommet Européen de Lisbonne, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union Européenne, se sont mis d’accord sur un objectif très ambitieux: faire de l’Union Européenne, à  l’horizon 2010, la société de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde, à  même de générer une croissance économique soutenable, des emplois plus nombreux et meilleurs, et plus de cohésion sociale.

Pour ce faire, la Stratégie de Lisbonne encourage notamment à  promouvoir les dépenses gouvernementales et celles des secteurs privé et universitaire. Un de ses axiomes est que la croissance et l’emploi seront réalisés via de nouveaux investissements dans les industries des NTIC – considérées comme étant les industries-phare de la nouvelle économie – et en promouvant l’innovation, en particulier dans la « société de la connaissance ».

J.M.

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Qu’est-ce que l’emploi culturel ?

L’emploi culturel couvre à  la fois les emplois des professions de la culture exercées dans l’ensemble de l’économie (comme les activités de design), et tous les emplois dans les secteurs culturels de l’économie (activités économiques culturelles).
L’UNESCO a défini une nomenclature sur l’emploi culturel permettant de délimiter les professions du secteur. Il s’agit de la Classification Internationale Type des Professions (CITP) dans laquelle les professions culturelles désignent celles en rapport avec la production créative et artistique et la gestion et la préservation du patrimoine. Elles consistent :
– à  générer, développer, préserver ou refléter un sens culturel ou spirituel ;
– à  créer, produire et diffuser des biens et services culturels, qui sont généralement associés à  des droits de propriété intellectuelle ;
– à  travailler à  des fins d’expression artistique (arts visuels, théâtre, musique, littérature, danse).
Les professions de la culture sont des activités professionnelles avec une dimension culturelle, comme libraire, écrivain, artiste, architecte, etc. Toutes ces professions sont prises en compte, quelle que soit l’activité principale de l’employeur.
Les formations culturelles observées dans le cadre de l’étude sont l’ensemble des enseignements supérieurs permettant de développer les compétences correspondant aux emplois culturels.
Les entreprises culturelles représentent dans leur sens le plus strict les établissements et entreprises de production et de diffusion consacrés aux arts et lettres : arts d’interprétation (théâtre, musique, danse, opéra, cirque, etc.), arts visuels (galeries d’art, musées, etc.), bibliothèques et patrimoine.
Dans leur acception la plus large, elles comprennent les industries culturelles produisant et distribuant des biens et services culturels (film, CD, spectacles de variétés, édition, métiers d’art, etc.) et les médias (radio, télévision, journaux, périodiques, etc…)

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Lire également : Politique culturelle genevoise

Lors du RAAC, les politiciens annoncent la création de nouveaux lieux culturels.

– Le Conseil d’Etat genevois crée une commission chargée de rédiger un projet pour la culture

 

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