Comment envisager l’avenir de la culture et de la presse si leurs consommateurs ne veulent plus payer?

musée du louvre

Photo Genèveactive.ch

Une majorité relative de Français (44%) n’est prête à payer pour aucun contenu culturel sur l’internet. L’étude montre que 6 Français sur 10 estiment que c’est principalement à  l’État de contribuer au financement de la culture.

Le sondage réalisé en France, en octobre 2010, par BVA pour Orange, à  l’occasion du Forum d’Avignon, confirme les propos des sociologues qui s’exprimaient sur geneveactive.ch en octobre 2009 : «Payer pour un produit culturel est aujourd’hui dépassé ».

Le rôle des NTIC dans la diffusion de la culture très majoritairement reconnu

L’enthousiasme manifesté pour internet et les nouvelles technologies en général est indéniable. 74% des Français jugent en effet que les NTIC ont favorisé de manière importante l’accès à la culture. Certes, les vrais enthousiastes ne représentent que 21%, mais l’avis positif sur les technologies est partagé par toutes les catégories de population. On note en particulier que plus on est jeune, moins on est diplômé et moins on gagne d’argent plus on pense qu’internet a favorisé l’accès à la culture de manière importante. Ainsi les opinions favorables atteignent 82% chez les moins de 25 ans, 81% chez les non diplômés et 87% chez ceux qui gagnent moins de 1 500 €/mois. »

Qui paiera pour la culture et la presse ?

62% des Français considèrent que c’est bien l’État et les collectivités publiques qui doivent financer la culture. Seuls 26% estiment que c’est autant le rôle de l’État et des entreprises. Seulement une infime minorité d’1% estime que ce sont principalement les entreprises qui doivent financer la culture.
Toutes les catégories de populations sont majoritaires à mettre en avant le rôle de l’État même si les sympathisants de droite le sont logiquement moins que les sympathisants de gauche (57% contre 70%).

Concernant les contenus pour lesquels les Français sont prêts à  payer, deux se détachent nettement : les films (27%) et la musique (26%). Ils ne sont plus que 14% à  se déclarer prêts à  payer pour des journaux et magazines sur l’internet et seulement 8% pour les séries télé.

Ce sondage survient dans une période de crise durable qui sert de justification aux coupes importantes qu’effectuent la majorité des pays dans leurs budgets culturels. La Grande-Bretagne fut la première à  annoncer des réductions de plus de 25%, aux États Unis des états suppriment jusqu’à  80% de leur soutien, la situation est si grave en Italie qu’une journée nationale de protestation et de fermeture de musées, de lieux de spectacle et de sites culturels, aura lieu le 12 novembre 2010, en France la situation est identique. Pour l’heure, aucune nouvelle de ce type n’a été encore été annoncée à  Genève.
Une offre inadéquate et insuffisante en médiation, ainsi que le coût de l’accès à  la culture ont provoqué l’échec des politiques de démocratisation de la culture. Les journaux gratuits ont habitué un lectorat jeune à  disposer gratuitement d’une information traitée sur le mode du divertissement. Les gratuits publient un résumé des grands titres, les mêmes fameuses « breaking news » qui sont également annoncées par les grands portails sur l’internet, les radios et les télévisions et … la presse écrite payante.
Le Times a perdu 90% de lecteurs en devenant payant en ligne, et une proportion encore inconnue de ceux qui sont prêts à  payer pour un véritable contenu choisira probablement de se tourner vers des médias spécialisés. L’industrie, celle des médias en premier, fait actuellement tout pour empêcher le développement de ce contenu artisanal pour lequel il n’existe pas de marché de masse.
Dans une étude sur la monétisation des médias numériques, Ernst & Young, un des principaux cabinets d’audit, utilise les expressions « entreprises des médias’ ou « entreprise de médias’ pour désigner les entreprises du « secteur des médias et du divertissement », annonçant ainsi quel glissement s’opère.
Quel nouveau modèle économique, quelle redéfinition des priorités ou quelle restructuration, permettra d’offrir l’accès gratuit à  la culture réclamé par une majorité de la population, ainsi que d’une information culturelle également gratuite ?

Jacques Magnol

Voir également sur GenèveActive.ch
Payer pour un produit culturel est aujourd’hui dépassé. Entretien avec les sociologues : Jacqueline Eidelman et Benoît Céroux, Université Paris Descartes, Centre de recherche sur les liens sociaux – CNRS, et Alain Quemin, Université Paris-Est, Institut Universitaire de France – CNRS, Laurent Fleury, Université Paris Diderot, Centre de Sociologie des Pratiques et des Représentations Politiques. Lors du Congrès de la Société Suisse de Sociologie en septembre 2009.

 

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