Christoph Schlingensief a sérieusement défié le monde de l’art

Christoph Schlingensief

Christoph Schlingensief, « Ausländer raus—Bitte liebt Österreich », 2000. Photo collage: Paul Poet

L’ensemble des travaux de Schlingensief présenté à Utrecht démontre sa volonté de créer un « Lebenskunstwerk », une vie oeuvre d’art qui intervienne directement dans la vie.

Schlingensief a résisté à la puissance de formatage du milieu de l’art 

En se confrontant sans cesse à ce qui dérange, ces travaux révèlent l’adresse avec laquelle Schlingensief dégrade les systèmes de l’art et de la politique pour produire à travers des moyens très expérimentaux un sentiment étouffant d’immédiat. Plutôt que de tranquilliser le regardeur, ou de le forcer à adopter les rôles de consommateurs ou de spectateurs, il enjoint le public à assumer une responsabilité vis à vis du monde tel qu’il est, et, en fonction de cette connaissance, penser et agir différemment.

L’art de Schlingensief place un miroir face à la société occidentale. En soulevant le masque qui cache le vrai visage d’une démocratie capitaliste sans pitié, Christoph Schligensief réduit le monde occidental à ses peurs, ses obsessions, et la cruauté banale propre au pouvoir et à la propriété. L’artiste a sérieusement défié le monde de l’art contemporain en tant que champ d’une pratique hégémonique développée en parallèle au néolibéralisme global durant les vingt dernières années. Schlingensief a résisté à la puissance de formatage du milieu, il a lutté contre son mode de fonctionnement « business as usual », et il a constamment milité pour déconstruire le consensus dominant autant dans l’art que dans la politique. L’oeuvre de Schlingensief peut être vu aujourd’hui comme une invitation à entrevoir la possibilité d’un autre avenir.

Suivant les conseils donnés par Elfriede Jelinek, lors de leur collaboration en 2004 à la mise en scène de Bambiland, Christoph Schlingensief se sert « de ce qui existe comme un catalyseur ou un four à haute température pour créer du neuf. Pour Jelinek, l’art, ce n’est pas une imitation, c’est un élixir. Elle m’a enseigné l’auto-provocation: car elle ne provoque jamais les autres, mais elle-même, elle continue à travailler là où les autres s’arrêtent quand ça commence à faire mal. »

Jacques Magnol

« Christoph Schlingensief: Fear at the Core of Things »
5 février au 9 avril 2012.

BAK, basis voor actuele kunst
Lange Nieuwstraat 4, Utrecht

L’exposition dont la commissaire est Kathrin Rhomberg, présente des oeuvres de Christoph Schlingensief (1960–2010), metteur en scène, cinéaste, écrivain et artiste, dont l’installation multimédia « Animatograph—Iceland-Edition ». (House of Parliament/House of Obsession) Destroy Thingvellir, 2005; un remake de sa création « Ausländer raus—Bitte liebt Österreich » (s’il vous plaît: aimez l’Autriche, les étrangers dehors!), présentée au Festival de Vienne en 2000; et le film «Das deutsche Kettensägenmassaker» (Massacre allemand à la tronçonneuse), 1990.

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